Entreprise

Personnage entier, sympathique, voire truculent, Arnaud Huret occupe une place particulière dans l’histoire de l’Internet belge. Ingénieur civil de formation, ce passionné de guitare commence son parcours comme consultant chez KPMG. Au détour d’un article de magazine, il découvre alors un mystérieux réseau informatique baptisé Internet. Enthousiasmé, il crée, avec son associé Alexandre Baudoux, EuroTV, le premier site belge qui propose les programmes de télévision sur la "Toile".

Nous sommes en 1995 et Internet est encore dans une phase préhistorique, un objet de curiosité réservé à une élite technophile. Tout est à construire, y compris et surtout les modèles de monétisation. Dans la foulée d’EuroTV, notre homme s’associe avec Jean de Gheldere et Patrick De Schutter (futur partenaire dans ContactOffice) pour monter Netvertising, la toute première régie Internet sur le marché belge que le trio revendra ensuite à IP, régie publicitaire du groupe RTL. "EuroTV et Netvertising m’ont valu de mettre en ligne la première bannière publicitaire en Belgique" , sourit Arnaud Huret.

Parallèlement, le duo Arnaud Huret-Alexandre Baudoux lance le site Rendez-Vous.be, entremetteur virtuel pour internautes en quête de l’âme sœur. Précurseur du phénomène des sites de rencontres dès 1997, Rendez-Vous.be a aussi annoncé la vague des réseaux sociaux qui commencera à déferler sur la planète à partir de 2005. L’aventure s’achèvera dix ans plus tard avec le rachat du site par le groupe de presse Rossel.

Depuis 1999, Arnaud Huret se concentre avant tout sur ContactOffice, une suite collaborative qu’il a construite avec, entre autres, Brice Le Blévennec, président de l’agence Web belge Emakina. "Lui et moi, avions eu le même pressentiment, celui d’un service qui grouperait, en un seul endroit, les outils que les gens découvraient alors sur Internet : l’e-mail, le calendrier partagé, le stockage de documents L’idée originelle était une banque de données, au sens propre du terme." Avec un pari assez audacieux à une époque où les antiques modems 56k étaient encore la norme : un jour, nous pourrons - et voudrons - être connectés au réseau partout et en permanence, quel que soit le terminal entre nos mains (téléphone portable, tablette interactive ). "Nos premiers clients ont accompli un véritable acte de foi" , sourit à nouveau notre interlocuteur.

Bingo ! Avec près de cinq années d’avance, la petite start-up bruxelloise anticipe deux tendances majeures qu’on voit seulement maintenant se déployer à toute allure : à savoir le "software as a service" (littéralement, le "logiciel en tant que service") et le "cloud computing" ("l’informatique dans les nuages").

Deux concepts qui renvoient à une même démarche, celle de transférer massivement vers l’Internet la plupart des applications qu’on installait auparavant sur le disque dur de son ordinateur.

Si elle encaisse de plein fouet l’explosion de la bulle Internet en 2001, la société a rapidement trouvé un nouveau débouché dans le secteur éducatif (principalement outre-Quiévrain) et revendique aujourd’hui quelque 500 000 comptes actifs.

Parmi ses principaux concurrents : Google et sa suite bureautique Google Apps, qui délivre un service assez similaire. "Rétrospectivement, s ouligne Arnaud Huret, notre seul regret est la taille du marché que nous avons attaqué au départ. Si nous avions créé ContactOffice aux Etats-Unis, nous aurions probablement connu une expansion beaucoup plus importante."

Pionnier de l’Internet en Belgique, cet admirateur de Steve Jobs et de Richard Branson avoue toutefois être sceptique devant certaines évolutions de ce médium. "Je suis effrayé par la frénésie avec laquelle une pléthore de personnes s’emploient à créer de toutes pièces leur identité numérique, confie-t-il. On sait que cette dimension de nous-mêmes va gagner en importance dans les prochaines années, mais jusqu’où ira ce dévoilement de soi ? Et quel sera l’impact des traces que nous laissons sur le réseau ? Sous cet angle, j’appartiens encore à ceux qui appliquent, un minimum, le principe de précaution, face au progrès technologique. Question de génération, probablement "