Entreprise

Le marché du travail tarde à se redresser et la principale raison en est que jamais, au cours des dix dernières années, on n’a créé si peu d’emplois en Belgique que lors de la période 2011-2013. Tel est le principal constat dressé par la dernière étude de Dynam, une collaboration entre la KULeuven et l’Office national de sécurité sociale (ONSS). (1)

Au cours de la période 2008-2009, la crise a frappé durement le marché du travail en Belgique. Entre juin 2008 et juin 2009, une perte nette de 20 000 postes de travail a été enregistrée, ce qui représente une diminution de 0,5 %. En 2011-2012, la crise a été un peu moins sévère sur le marché de l’emploi, mais tout de même plus que ne le laisse penser la croissance économique. Entre juin 2011 et juin 2012 la Belgique a connu un recul de 145 000 postes de travail, soit une baisse de 0,4 %. Et selon les estimations de l’ONSS, la diminution de l’emploi net s’est encore poursuivie en 2012-2013  : la perte est évaluée à 25 389 postes de travail, soit – 0,7 % par rapport à 2011-2012.

Destruction créative

Voilà pour les chiffres nets. Mais l’analyse Dynam démontre que le fait marquant de la deuxième rétractation est le faible taux de création d’emplois (voir infographie). La première période de la crise (2008-2009) se caractérise par la disparition de bon nombre d’emplois (218 000), mais aussi, malgré tout, par la création de nombreux postes (198 000). C’est ce qu’on appelle le processus de destruction créative. Au cours de la seconde période de crise (2011-2012), la destruction d’emplois est de 201 500, mais la création d’emplois est en net recul, à 187 000, soit le plus mauvais score depuis 2005. L’augmentation de la destruction d’emplois est de ce fait moins compensée. Le processus de destruction créative s’est donc atténué.

Les auteurs de la recherche, Steven Bulté et Ludo Struyven, voient deux raisons principales à ce phénomène. 1° Les solutions qu’offraient le chômage temporaire et les autres mesures anticrise provisoires, qui jouaient un rôle de tampon, ont été épuisées. 2° Le rôle compensatoire des secteurs en croissance disparaît au cours de cette récente période de crise.

On licencie plus facilement

Il y a consensus pour dire que l’emploi a relativement bien résisté à la crise en Belgique, grâce au recours à des mesures anticrise provisoires telles que le chômage temporaire et la diminution des heures de travail du personnel (outre la clôture de nombreux contrats intérimaires). Ces mesures ont permis d’éviter de nombreux licenciements. Les chiffres récents montrent toutefois que tout cela n’était que temporaire  : au cours de la récente période de crise, les entreprises ont moins eu recours au chômage temporaire (en moyenne 185 000 travailleurs jusqu’en août 2013, contre 210 900 en 2009).

Face à la première crise, les employeurs ont eu le réflexe de diminuer le nombre d’heures de travail prestées par le personnel, ce qui a permis de garder les travailleurs en service. Face à la seconde crise, plus longue, cet effet tampon interne s’amenuise. L’employeur recourt plus rapidement au licenciement, tandis que les départs naturels sont moins souvent remplacés.

La contagion à d’autres secteurs

A cela s’ajoute une seconde explication. La première crise avait surtout touché l’emploi dans les secteurs les plus tournés vers l’exportation, en raison de la diminution de la demande étrangère. Il s’agissait principalement de secteurs industriels (-4,3 %), du secteur intérimaire (-5 %) ainsi que des secteurs financiers (-1 %) et des technologies de l’information et de la communication (-1,2 %). Ces diminutions étaient cependant partiellement compensées par d’autres secteurs qui connaissaient encore une évolution positive de l’emploi, en raison d’une plus forte création d’emplois, en particulier dans le secteur public et l’enseignement, ainsi que les soins de santé. Mais au cours de la récente période de crise, le secteur de l’agriculture, (-5,5 %) et le secteur public et l’enseignement (-9 600 postes de travail, soit -1,1 %) sont venus grossir les rangs des secteurs en crise. Et les soins de santé ont créé moins d’emplois (+2,2 au lieu de + 5,3 %).

Par ailleurs, il règne une plus grande incertitude  : la confiance des entrepreneurs est fragile et ils hésitent à investir. Une tendance qui s’est intensifiée entre 2012 et 2013. L’année 2013 se solde donc, selon les prévisions de l’ONSS, par une diminution de l’emploi net de 0,7 % dans le commerce et l’horeca, de 1 % dans le secteur financier, de 2,6 % dans l’industrie du bâtiment et de 2,7 % dans l’industrie, en plus d’une diminution attendue dans l’administration publique et l’enseignement.

Pour inverser la tendance, conclut l’étude Dynam, il est plus que jamais nécessaire qu’il y ait aussi des entreprises et des secteurs qui créent davantage d’emplois qu’ils n’en détruisent.

(1) www.dynam-belgium.org