Entreprise Les membres de MolenGeek devaient participer à une mission économique. Ils sont restés bloqués à l’aéroport.

Ils partaient des étoiles plein les yeux et avec beaucoup d’ambition. Mais le rêve s’est brisé pour les 14 membres de l’incubateur MolenGeek - un lieu consacré aux jeunes entreprises spécialisées dans le numérique - qui devaient se rendre ce vendredi aux Etats-Unis pour y faire découvrir leurs talents.

Jeudi, sous le coup de 23 h, sept membres de la délégation molenbeekoise apprennent ainsi que leur demande d’Esta (Electronic System for Travel Authorization), l’autorisation électronique indispensable pour ce type de voyage aux Etats-Unis, leur est refusée. "Nous avions fait cette demande début septembre et je ne sais pas qui a appuyé sur le bouton et nous a refusé cette autorisation à quelques heures de notre décollage, explique Ibrahim Ouassari, cofondateur de MolenGeek. P eut-être quelqu’un qui a des idées reçues sur Molenbeek, qui s’est dit que cela faisait sept Molenbeekois en trop… Je ne vais pas insinuer quelque chose mais j’ai vraiment beaucoup de mal à expliquer aux jeunes que c’est le fruit du hasard." L’avion qui devait transporter la délégation a décollé hier midi… sans aucun membre de MolenGeek. Les jeunes qui avaient obtenu leur Esta se sont montrés solidaires envers les autres et sont également restés à Bruxelles. "Ce refus n’est pas lié aux origines, je pense, mais à l’équipe MolenGeek. Ibrahim, Ismael, Soumaya, mais aussi Guillaume ou Jean n’ont pas obtenu l’autorisation". En fait, les sept personnes recalées avaient un plan de vol différent des autres.

Un départ éventuel ce mardi ?

Vendredi, les jeunes Belges avaient encore un léger espoir. "Nous avons fait une demande de visa en urgence. Mais même si nous l’obtenons, nous allons rater une grande partie de notre programme qui était très chargé", poursuit M. Ouassari. En fin d’après-midi, les Affaires étrangères affirmaient que l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles avait réexaminé la situation de ces sept jeunes; six d’entre eux "devraient obtenir" un visa et sans doute pourront prendre un vol mardi. Pour la 14e personne, l’accès au territoire restait refusé. "Nous n’avons aucune certitude de pouvoir partir", affirmait M. Ouassari vendredi soir. Selon un tweet de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères publié ce jeudi vers 18 heures les jeunes devraient pouvoir finalement partir.


A l’agenda des jeunes entrepreneurs (25 ans en moyenne), il y avait la visite, dans la Silicon Valley, d’entreprises comme Facebook ("qui nous a invités et adore notre projet", Twitter ou Google, en plus de la participation à une mission économique bruxelloise et au "Techcrunch Disrupt", l’un des plus grands salons du numérique au monde, à San Francisco. "L’une de nos entreprises, QuickLyrics - une application qui permet d’afficher les paroles d’une chanson et qui, en trois mois d’existence, a été téléchargée plus de 500 000 fois - devait y avoir un stand", regrette le cofondateur de MolenGeek. Le but était de trouver des investisseurs et partenaires internationaux. Le potentiel est énorme mais tout tombe à l’eau."

Cerise sur le gâteau, les membres de MolenGeek devaient être accueillis vendredi prochain au siège de l’Onu à New York, accompagnés du vice-Premier ministre Alexander De Croo (Open-VLD). Car "MolenGeek" n’est pas un incubateur, comme un autre. "Nous avons aussi une "coding school" (école spécialisée dans le numérique, NdlR) . Notre mission première est de rendre l’innovation et la technologie accessible à tous. On ne fait donc pas de sélection en fonction du diplôme ou des écoles des candidats. Seule la motivation compte."

L’initiative est fédérale. "On travaille tous sur nos projets à Molenbeek, mais on a des gens qui viennent de Waterloo, Woluwe ou d’Anvers."

Des frais de 3 000 euros par personne

Avec l’annulation, partielle ou totale, de ce voyage ("cela représente un coût de 3 000 euros par personne, dont une partie prise en charge par les participants"), le moral est au plus bas dans les équipes. "Il y a énormément de frustration et de déception, s’insurge Ibrahim Ouassari. Cela n’est pas agréable de savoir qu’on n’est pas les bienvenus. Maintenant qu’ils faisaient partie intégrante d’une communauté technologique, certains avaient oublié ce qu’on leur avait expliqué toute leur vie : le fait qu’ils étaient exclus. Ces jeunes ramenaient une plus-value, mettaient en avant leurs compétences. Cela ramène les vieux fantômes."

Seule consolation pour les jeunes entrepreneurs : le soutien du monde politique et les messages d’encouragement sur les réseaux sociaux. "Cela fait chaud au cœur", conclut Ibrahim Ouassari.