Entreprise Avec six millions de nuitées en 2012, le tourisme pèse sur l’économie bruxelloise. Il représente d’ailleurs 16 % du total du PIB de la Région. D’après le secrétaire d’Etat Christos Doulkeridis (Ecolo) cette "niche économique " est d’autant plus intéressante qu’elle a " le plus grand taux de progression en termes d’emploi" . " En plus ce sont des métiers très diversifiés qui demandent des besoins de qualifications raisonnables correspondant au profil de nombreux Bruxellois , développe M. Doulkeridis. Ce sont aussi des emplois ‘non délocalisables’." Actuellement, le tourisme offre 35 000 emplois directs à Bruxelles et des dizaines de milliers d’autres, indirectement.

Reste que la Région-Capitale peut "mieux faire" en matière de tourisme, d’après le secrétaire d’Etat qui voit en la future régionalisation du secteur (en juillet 2014) une "véritable opportunité". Très loin de la Flandre (19 millions de nuitées en 2012), mais devançant la Wallonie (4,5 millions de nuitées), Bruxelles veut doubler le nombre de ses visiteurs d’ici 2020. "La régionalisation va rendre le secteur plus professionnel, insiste M. Doulkeridis. On a encore des atouts qui ne sont pas exploités. L’offre culturelle est notamment sous-utilisée."

Tour à tour fédéral, communautaire, bicommunautaire, le tourisme à Bruxelles a longtemps donné le tournis aux décideurs politiques. A partir de juillet 2014, la Région pourra prendre son destin en main, ce qui va "clarifier la situation" . "En fait, on avait déjà anticipé cette régionalisation, en créant l’ASBL VisitBrussels qui chapeautait différentes activités." Cette ASBL, futur bras armé de la Région, pourra passer à la vitesse supérieure dans les prochains mois. En fait, Bruxelles mise sur deux axes dans sa politique touristique.

1A Bruxelles. M. Doulkeridis part d’un constat : à l’heure actuelle, c’est surtout la ville de Bruxelles qui organise des événements (Plaisirs d’hiver, Bruxelles-les-Bains,…). La Région devrait prendre le relais.. Mais qui dit ambition, dit moyens. Et là-dessus, Christos Doulkeridis est très clair : la taxation hôtelière, jusqu’ici du ressort des communes, doit passer au niveau régional. " Cela a deux avantages. Tout d’abord, cela va clarifier et uniformiser ces taxes, pour l’heure assez illisibles et trop diversifiées : chaque commune peut taxer comme elle l’entend ses hôtels. Deuxièmement, on pourra s’assurer que ces nouvelles recettes sont effectivement réinvesties dans la politique touristique de la Région. Ce qui n’est pas toujours le cas actuellement." M. Doulkeridis va ainsi proposer "un pacte fiscal" aux communes, avec un système de compensation pour les entités bruxelloises. Autre constat du Secrétaire d’Etat : certains types de logements commerciaux sont entrés dans une "zone grise" en "profitant du système et en évitant tout contrôle sur la qualité et la sécurité". En ligne de mire, la plupart des "appartements-hotels". Le Secrétaire d’Etat estime que 5 000 d’entre-eux échappent à toute taxation à Bruxelles. " Cela crée une iniquité et une concurrence malsaine entre les différents acteurs touristiques. On va taxer ces appartements-hôtels. D’ailleurs, toutes les formes d’hébergement touristique à connotation commerciale vont connaître un système de taxation." D’après le Secrétaire d’Etat, cette nouvelle fiscalité permettra aussi d’avoir une "réelle stratégie" sur les types de logements touristiques que la Région veut encourager (les maisons d’hôtes par exemple) ou au contraire décourager. Enfin, M. Doulkeridis veut "réchauffer" l’image de la capitale belge, souvent vue comme une ville "froide" et "institutionnelle". " Il n’y a pas assez de connotation affective, positive des citoyens européens envers leur capitale." Le secrétaire d’Etat imagine par exemple que chaque école à travers l’Europe propose un voyage à Bruxelles à ses étudiants, soit la visite de "leur deuxième capitale, celle de leur citoyenneté européenne".

2A l’étranger. "Demain, Bruxelles pourra faire de la promotion à l’étranger comme elle l’entend", se réjouit M. Doulkeridis. On se souvient des polémiques des cartes de promotion d’organismes flamands englobant la Région bruxelloise. " Je suis sorti du bois car j’estimais que la Flandre avait dépassé certaines limites" , se rappelle Christos Doulkeridis. " Mais ici, on sera sur un pied d’égalité, car Bruxelles aura bientôt ses propres attachés touristiques à l’étranger." Une situation "plus claire" qui permettra de conclure des accords de coopération "mature" avec la Flandre et la Wallonie. " Bruxelles et la marque la plus connue, et en collaboration avec nos services, et il est normal que la Flandre et la Wallonie puissent aussi l’utiliser." Dernier chantier : "moderniser", "professionnaliser " et surtout "amplifier" les structures qui représentent actuellement Bruxelles à l’étranger (pour l’heure l’office de promotion du tourisme Wallonie-Bruxelles). "Nous avons moins de dix bureaux, il faut multiplier par cinq les endroits où nous sommes présents", développe M. Doulkeridis qui cible des pays tels la Chine, le Brésil ou l’Inde. L’Ecolo entend aussi profiter du réseau existant des attachés économiques. " Il est normal que ces attachés, présents dans de nombreux pays, puissent être formés pour devenir aussi des ambassadeurs du tourisme. Après tout, le tourisme est une activité économique."