Entreprise

L'éclatement de la bulle Internet paraît déjà loin mais les sociétés belges sont toujours aussi peu nombreuses à investir dans des start-up technologiques. On peut même dire qu'E-merge, fondée en 1998 par Laurent Drion et Grégory Hédo, est une des seules sociétés d'investissement belges encore actives sur ce créneau.

«Ce n'est pas pour rien que le Nouveau marché a tellement de succès, c'est parce qu'il n'y a presque plus de fonds», explique Laurent Drion. «En Belgique, il semble encore toujours y avoir une sorte d'excès à l'envers par rapport aux nouvelles technologies. Il faut sans doute y voir une conséquence persistante de l'affaire Lernout & Hauspie, dans laquelle les investisseurs belges se sont tout de même pris des sacrées claques.»

Pas des prédateurs

E-merge aussi a essuyé quelques revers. Des sites tels que Gift.be, Arbalet.be ou Mail.be par exemple, dans lesquels ils avaient investi, n'ont pas répondu à l'attente. «C'est vrai qu'au total, il y a 5 ou 6 de nos investissements qui ont foiré mais à chaque fois, nous avons vraiment fait le maximum pour éviter les faillites et pour assurer un suivi à l'activité», raconte Laurent Drion.

Mais E-merge, c'est aussi et surtout quelques jolis succès. En particulier Opendeal et Skynet, qu'ils ont revendu à bon prix à iBazar (qui l'a revendu à eBay) et à Belgacom, mais aussi la société Ogone, un des leaders européens du paiement électronique, dont ils détiennent toujours 30pc après avoir récemment cédé quelques-unes de leurs parts à la Compagnie centrale - filiale à 100pc du Groupe Josi - et aux investisseurs Jean-Guillaume Zurstrassen et Grégoire de Streel.

«Ogone est notre plus gros succès jusqu'à présent», estime Laurent Drion. Pas question dès lors d'en sortir pour l'instant. Car contrairement à ce qui se passait durant la bulle Internet, l'objectif n'est plus du tout de revendre à prix d'or.

«Nous n'avons pas une approche de prédateurs comme certains autres fonds», explique-t-il. «Nous estimons simplement que grâce à notre expérience d'entrepreneurs (Laurent Drion et Grégory Hédo ont aussi fondé la société MacLine, qu'ils ont revendue en 2004, NdlR) et grâce aux participations que nous avons déjà prises dans une quinzaine de sociétés, nous pouvons apporter une valeur ajoutée durant les premiers mois d'une start-up, puis en jouant les pompiers à chaque fois qu'il y a un gros problème. Nous aimons jouer un rôle très actif, même si les participations que nous prenons sont toujours minoritaires afin que les fondateurs continuent à se sentir dans leur propre boîte.»

Téléphonie IP et Internet

E-merge reçoit une quinzaine de projets par mois, mais se montre très sélectif. Sa préférence: «des sociétés avec un business model automatisé et un chiffre d'affaires le plus récurrent possible.» Tout récemment, la société a choisi d'investir dans Voxbone, une start-up active sur le marché prometteur de la téléphonie IP, et qui vise «une importante expansion à court terme», ainsi que dans Internet Vista, spécialisée dans la surveillance de sites web et de services Internet. «Nous étudions également un autre projet dans le domaine du business to consumer, mais je ne peux pas en dire plus pour l'instant», précise Laurent Drion.

A noter qu'E-merge investit en général entre 150000 et 250000 euros dans une première phase, avant de participer également aux tours de table suivants. Jusqu'à présent, elle a mis un peu plus d'1,5 millions dans Ogone par exemple.

© La Libre Belgique 2005