Entreprise Le 21e congrès des économistes se tiendra à Liège le 26 novembre. Voici le menu.

La croissance économique, que certains avaient pensée perpétuelle dans la foulée d’un après-guerre marqué par "trente glorieuses", se serait-elle évanouie en ce début du XXIe siècle ? On n’en est pas encore là. Mais, comme le souligne l’économiste français Daniel Cohen dans son essai "Le monde est clos et le désir infini", la croissance est devenue, à tout le moins, "intermittente, fugitive". Cela a pour effet, en Belgique comme ailleurs, d’ébranler les fondements de modèles sociaux qui, depuis des décennies, carburent à la croissance.

Daniel Cohen, précisément, donnera la conférence inaugurale du 21e Congrès des économistes, le 26 novembre prochain, à l’Université de Liège (1). Mis sur pied par l’Université ouverte de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce congrès - présidé, cette année, par l’économiste Eric De Keuleneer (ULB) - réunira une soixantaine de chercheurs (économistes, mais aussi sociologues, politologues, démographes, issus de multiples horizons).

Répartis au sein de quatre commissions, ces chercheurs ont d’ores et déjà planché sur le thème de la croissance. "Notre objectif n’est pas d’essayer de savoir ce que sera la croissance en 2015 -2016 pour permettre au gouvernement de respecter ses objectifs budgétaires. Notre horizon est à plus long terme", précisait Eric De Keuleneer, jeudi, lors de la présentation du congrès. A moyen et long terme, les questionnements se bousculent : peut-on vivre sans croissance ?; quels sont les leviers pour la raviver ?; peut-on réconcilier croissance et environnement ?; sommes-nous à l’aube d’une "stagnation séculaire" ?; etc.

"La croissance économique, au sens d’une augmentation de la productivité, est un phénomène récent, datant de deux siècles seulement", rappelle opportunément David de la Croix (UCL), co-président de la commission "La croissance : quel passé, quel avenir ?". Si l’économiste se montre optimiste quant à la poursuite du progrès technique (déterminant majeur de la croissance), il n’en va pas de même pour ce qu’il qualifie des "moteurs secondaires" de la croissance (éducation, urbanisation, espérance de vie, etc.). "Ils semblent être à sec", diagnostique-t-il à propos des pays développés, ce qui n’est pas sans effet sur l’ampleur et la nature de la croissance.

Un objectif dépassé

Les pouvoirs publics (Etats, régions,…) disposent-ils, malgré tout, encore de certains leviers pour tenter de relancer la machine ? Oui, même si la contrainte budgétaire est forte, répond Lionel Artige (ULg), co-président d’une autre commission. Ces leviers sont les réformes structurelles et les investissements (dans l’éducation et l’innovation, d’une part, et dans les infrastructures, d’autre part). Une troisième commission, coprésidée par Thierry Bréchet (UCL), s’intéressera aux liens entre croissance et environnement.

C’est sans nul doute la quatrième commission, coprésidée par Isabelle Cassiers (UCL) et Kevin Maréchal (ULB), qui suscitera le plus de débats lors du congrès. Intitulée "Quelle économie dans une ère post-croissance ?", cette commission se place résolument dans une perspective où "l’objectif de croissance est dépassé pour des raisons tant écologiques que sociales". Ce qu’il importe(rait) aujourd’hui de poursuivre, disent en chœur les membres de cette commission, ce n’est plus la croissance mais le bien-être des citoyens et la soutenabilité des sociétés.

(1) Infos et inscriptions via www.congresdeseconomistes.be