Entreprise

En première partie de la cérémonie des vœux du Nouvel An de l’Union wallonne des entreprises (UWE) a été décerné hier soir à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve le prix CAP48 de l’Entreprise citoyenne 2018. Ce prix – dont La Libre est le partenaire presse depuis quelques années maintenant – vise à saluer les efforts d’une entreprise, petite ou grande, ou d’une administration publique en matière d’intégration des personnes handicapées. On le sait, malgré un certain nombre de progrès, le handicap reste aujourd’hui un frein à l’emploi dans notre pays et donc plus globalement à l’intégration dans la société.

Cette année, le jury a sacré le Centre hospitalier universitaire et psychiatrique de Mons Borinage et la Ville de Hannut dans la catégorie “Emploi” et la Ville de Namur dans la catégorie “Accessibilité”. Mais le jury a aussi décerné un “coup de cœur”. L’histoire est belle. C’est celle du cabinet d’avocats Sotra, créé en juillet 2014, spécialisé dans le domaine du droit social et qui compte aujourd’hui quatorze avocats, deux assistances administratives au départ de ses deux bureaux situés à Bruxelles et Namur. En 2015, peu de temps donc après la fondation du cabinet, ce dernier reçoit la candidature spontanée d’Alexandre Wespes, personne non-voyante.

Un des rares avocats non-voyants du pays

À l’époque, le cabinet, étant au complet, n’a pas vraiment l’intention d’engager. Mais Olivier Rijckaert, fondateur et managing partner de Sotra, décide quand même de rencontrer Alexandre Wespes. Ses idées, son énergie, ses compétences font mouche. Et entre les deux hommes le courant passe directement. Après un second entretien avec l’ensemble des autres membres du cabinet cette fois, Alexandre Wespes est finalement engagé. “Il n’était pas question de faire d’Alexandre une sorte de mascotte à qui on ne donnerait du travail qu’occasionnellement ou de manière marginale, mais bien de l’intégrer totalement, exactement comme n’importe quel avocat du cabinet”, a expliqué le cabinet d’avocat dans son dossier de candidature soumis au jury.

Dans un métier où la lecture et l’écriture sont évidemment centrales, de nombreux obstacles doivent alors être surmontés pour permettre à Alexandre de gagner en autonomie et en efficacité. Formations en informatique, apprentissage du braille, aménagements des lieux vers un “open space” pour permettre des déplacements plus aisés avec son chien-guide, accélération du projet “paperless” au sein de l’entreprise… “De manière générale, travailler avec Alexandre apporte à toute la structure, au sens large, une dynamique très positive, où, en quelque sorte, l’impossible devient possible, où les rêves fous se réalisent, ce dont Alexandre est un exemple vivant”, explique encore le cabinet d’avocat.

L’histoire est belle jusqu’au bout. Car si le parcours a été semé d’embûches, voire parfois de moments de doutes ou découragement, Alexandre Wespes travaille toujours aujourd’hui au sein du cabinet et devrait être bientôt inscrit au tableau de l’Ordre, devenant ainsi l’un des très rares avocats non-voyants de Belgique.