Entreprise

La semaine écoulée marquera-t-elle un tournant dans l'histoire mouvementée de Fortis ? Cette question, on pourrait se la poser au terme des trois sessions d'informations qui ont été organisées par le groupe financier. Ces séances étaient la réponse donnée à la colère de milliers d'actionnaires après la (nouvelle) chute du cours consécutive à la très controversée opération de refinancement de 8,3 milliards d'euros annoncée fin juin.

Les actionnaires sont-ils aujourd'hui rassurés ? A voir. Disons que le président Maurice Lippens et le CEO Herman Verwilst ont surtout veillé à mettre un peu de baume sur une douloureuse blessure. Et cela en montrant un peu de compassion. Mais ils n'ont pas reconnu que Fortis avait payé ABN Amro trop cher (24 milliards d'euros) sans de surcroît avoir assuré ses arrières en termes de financement. On peut imaginer que le cours de Fortis ne serait pas tombé de 25 à moins de 10 euros en un an si le groupe belgo-néerlandais s'était contenté de racheter une petite banque à Zagreb ou à Bangkok.

Lors des séances d'information, Maurice Lippens a aussi donné une explication un peu facile à propos du départ de l'ex-CEO, Jean-Paul Votron, l'attribuant à la pression des médias et des groupes de défense d'intérêts. A moins que s'il avait révélé les erreurs de Votron, il aurait implicitement abordé le sujet délicat de la responsabilité du conseil d'administration...

D'ailleurs, la question de la responsabilité des administrateurs ne se pose pas que dans le cas précis de Fortis mais aussi pour toutes les institutions bancaires - et elles sont nombreuses - qui sont engluées dans la crise du "subprime". Une crise qui a fait chuter les valeurs bancaires à tel point que certaines d'entre elles comme les géants américains du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac s'assimilent presque à de la monnaie de singe.

Avec cette crise, on se rend compte que pas mal de hauts dirigeants de banques ne maîtrisaient absolument pas tous les risques encourus via divers produits financiers sophistiqués. Il leur faudra dès lors tirer les leçons de leurs défaillances.

Tout comme il est difficile d'accepter que Jean-Paul Votron joue le rôle de victime expiatoire. Un départ et trois sessions d'information ne vont pas résoudre tous les problèmes de Fortis ni rétablir la confiance des actionnaires. On attend la suite, messieurs. On peut espérer que vous en êtes conscients...