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Quatre pays pourraient bientôt connaître de sérieuses difficultés dans la zone euro. Il s’agit de Chypre, de l’Irlande, du Portugal et de la France. Le constat vient de l’économiste Thomas Mayer, qui l’a exposé au journal "Die Welt" ce mardi. Thomas Mayer n’est pas n’importe qui en Allemagne. Il a été le chef économiste de la Deutsche Bank entre 2010 et 2012 et est toujours conseiller auprès de la banque allemande. Dans le classement de l’Allemand, la Belgique apparaît également comme l’un des pays potentiellement vulnérables à une crise financière, tout comme l’Italie, Malte, la France et les cinq pays ayant déjà fait appel d’une manière ou d’une autre à une aide européenne (Chypre, Irlande, Portugal, Espagne et Grèce). L’économiste estime que, "bien qu’ayant entamé d’importantes réformes structurelles", ces cinq pays mettront "encore du temps" avant de retrouver la confiance des marchés.

L’analyse de Dr Mayer repose sur trois critères : la dépendance à l’égard des capitaux étrangers pour financer la dette, le déficit budgétaire et la taille du secteur financier local par rapport à l’économie. L’économiste a attribué des points pour chacun de ces critères et les a additionnés. Les pays ayant la cote la plus élevée se trouvent ainsi parmi les plus fragilisés. Selon l’économiste, le classement de la France (4e), jugée plus fragile que la Grèce ou l’Espagne, est "choquant". "La France réalise des mauvais scores dans tous les critères étudiés. Le pays a réalisé peu de réformes économiques et financières, contrairement à la plupart des autres pays de la zone euro". La France serait toutefois épargnée par les marchés, et ce grâce à "son influence politique" et à "sa proximité avec l’Allemagne". Ce que Dr Mayer juge négatif car "il n’existe pas de pression des marchés pour que le pays se réforme". "Si l’on devait se baser purement sur les données économiques, le taux d’emprunt de la France (NdlR : qui vient d’atteindre un plus bas historique sur dix ans) devrait être plus élevé que celui de l’Italie", dit-il.

Notre pays est aussi en ligne de mire. En cause ? La dette publique belge "trop élevée" et le déficit jugé "persistant". L’Allemand encourage ainsi "vivement" la Belgique à prendre des mesures pour éviter d’entrer en crise. "La Belgique, tout comme l’Italie, doit travailler sur la réduction de sa dette publique", remarque-t-il.

Malte, jugé comme un paradis fiscal par Tax Justice Network, est l’une des ses inquiétudes. Mais pour un autre motif : le secteur financier est "disproportionné" par rapport à la taille de l’économie du pays. "Il est plus important proportionnellement qu’à Chypre et pèse 8 fois le PIB du pays." Or, on a vu comment l’ensemble de l’économie chypriote avait sombré suite à une crise bancaire.

Ce rapport va aussi à contre-courant des inquiétudes de l’OCDE et de divers acteurs internationaux concernant la situation de la Slovènie. Le pays serait d’ailleurs, selon ce classement, le 3e moins exposés. L’économiste pointe l’excédent commercial du pays, son faible endettement et un secteur financier "relativement faible" par rapport au PIB. Par les temps qui courent, ce dernier point serait gage de fiabilité.