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Le président du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a mis en doute leur crédibilité, alors que les marchés boursiers ont de nouveau plongé à la clôture mercredi après la dégradation de la note de l'Espagne par Standard & Poor's à "AA".

"Il ne faut pas trop croire ce qu'elles disent, même si elles ont leur utilité", a-t-il déclaré à Berlin.

Les notes des trois agences, Standard & Poor's (SP), Moody's et Fitch, censées déterminer la capacité à rembourser des Etats et des entreprises, sont très suivies sur les marchés pour calculer le taux des crédits et prendre des décisions d'investissement.

Avant l'Espagne, SP avait déjà abaissé mardi de trois crans la note de la Grèce, de "BBB+" à "BB+", la reléguant dans la catégorie des investissements spéculatifs. Le même jour, elle dégradait de deux crans la note souveraine du Portugal, à "A-" contre "A+". Moody's et Fitch avaient dégradé la Grèce plus tôt en avril et Fitch avait baissé la note du Portugal en mars.

Mercredi matin, la Commission européenne est montée au créneau pour appeler ces agences à agir "de façon responsable" dans "une période difficile et sensible".

"Nous attendons des agences de notation financière, quand elles évaluent le risque grec, qu'elles prennent bien en compte les fondamentaux de l'économie grecque et le plan de soutien préparé par la BCE, le FMI et la Commission", avait ajouté la porte-parole de la Commission pour les services financiers, Chantal Hughes.

Interrogé par l'AFP, Jean Arthuis, le président de la commission des Finances du Sénat, chambre haute du parlement français, a regretté que les agences, déjà critiquées durant la crise par des dirigeants d'Etat et des responsables financiers, aient réagi trop tard.

"Depuis 2004, on savait que les autorités grecques trichaient. Les agences auraient pu se manifester plus précocement. Si elles avaient anticipé, peut-être que les autorités grecques auraient réagi plus tôt par rapport à leurs difficultés", a-t-il déclaré à l'AFP.

Pour d'autres économistes cependant, les agences de notation "jouent leur rôle" dans le cadre des emprunts d'Etat.

"Au moment de la crise, on a reproché aux agences de notations d'attribuer d'excellentes notes à des produits très sophistiqués qu'elles aidaient à structurer", rappelle Gunther Capelle-Blancard, directeur-adjoint du Centre d'Etudes prospectives et d'Informations internationales (CEPII).

Mais "les agences de notation travaillent, enquêtent. On peut pinailler sur une différence d'un grade mais, fondamentalement, elles jouent leur rôle", souligne l'économiste.

"Si les notations sont aussi regardées, c'est parce que les Etats ont été incapables de réguler les marchés financiers et d'interdire la spéculation sur les CDS", souligne pour sa part Henri Sterdinyak, directeur du Département économie de la mondialisation à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Les CDS, ou Credit Default Swap, sont des titres permettant de s'assurer contre le non remboursement d'un émetteur de dette.

"Quand les agences de notation interviennent trop tard, on leur reproche de ne pas avoir anticipé la crise. Quand elles le font un peu trop tôt, on leur reproche de provoquer la crise. A un moment, il faut être cohérent", assène aussi M. Capelle-Blancard. L'Union européenne a déjà décidé de durcir la surveillance des agences de notation avec une directive entérinée il y a un an et qui devrait entrer en vigueur le 7 décembre.