Entreprise

Pour beaucoup d’acteurs du monde aérien, c’était la grève de trop. Dès jeudi matin, la compagnie aérienne Brussels Airlines n’excluait d’ailleurs pas d’introduire une action en justice contre Skeyes, l’organisme en charge du contrôle aérien dans notre pays. Et la menace aura vite été mise à exécution : dès jeudi soir, Brussels Airlines a obtenu, à partir de ce vendredi et jusqu’au 26 mai, l’application d’astreintes en cas de nouvelles perturbations: 10 000 euros par vol européen annulé et 20 000 sur les vols intercontinentaux. Le premier client de l’aéroport de Bruxelles-National chiffre, en effet, à 4 millions d’euros les dommages déjà causés par les arrêts de travail à répétition des contrôleurs aériens ces derniers mois. Des conséquences lourdes financièrement et très certainement vues d’un très mauvais œil outre-Rhin au siège de la Lufthansa, désormais seul maître à bord dans le cockpit de Brussels Airlines.

Les arrêts de travail ce jeudi des contrôleurs aériens – alors que des réunions d’information étaient prévues dans le courant de la journée pour présenter l’accord social qui était sur la table – ont entraîné l’interruption du trafic aérien entre 9 h 30 et 13 heures. “Au total, il y a eu 105 vols annulés ce jeudi et 250 vols retardés. Au total, un vol sur deux prévu jeudi a été affecté par ce mouvement de grève”, nous expliquait-on hier soir chez Brussels Airport. Le premier aéroport du pays va-t-il également déposer plainte contre Skeyes, à l’instar de Brussels Airlines ? “Nous ne l’excluons pas. C’est en réflexion. Et si nous décidons de le faire, il faudra encore voir sous quelle forme”, ajoute-t-on. Une position que Brussels Airport pourrait clarifier ce vendredi.

102 contrôleurs recrutés depuis avril 2016

Pour rappel, cela fait plusieurs mois maintenant que certains contrôleurs aériens se font “porter pâle”, entraînant de grosses perturbations dans le ciel belge. Les syndicats dénoncent un sous-recrutement ces dernières années. La direction, elle, explique que 102 contrôleurs aériens ont été recrutés depuis avril 2016, 34 d’entre eux étant déjà opérationnels et 38 encore en formation.

Le conflit social a déjà connu un épisode judiciaire. Deux clients de l’aéroport liégeois, dont une compagnie cargo, avaient lancé une procédure en référé contre Skeyes. Et obtenu gain de cause : fin avril, un juge a imposé, l’espace d’un week-end de trois jours, à l’organisme en charge du contrôle aérien une continuité de son service, sous peine de payer une astreinte de 250 000 euros par heure d’interruption.

“L’accord social ne sera pas renégocié”

Des réunions d’informations, annulées ce jeudi chez Skeyes, auront lieu ce vendredi. En fin de semaine dernière, la direction de Skeyes avait présenté les grandes lignes d’un accord social. Problème, cet accord social n’avait été approuvé que par le seul syndicat socialiste, l’ACV-Transcom, majoritaire, refusant de le ratifier, estimant qu’il n’offrait “pas assez de solutions”. Plusieurs propositions avaient été mises sur la table : une réduction du temps de travail de 35 à 32 heures pour les contrôleurs (NdlR : ceux qui effectuent un nombre minimal de services de nuit par an) travaillant au centre Canac et à 30 heures à Liège, des services de nuit raccourcis de 10 à 8 heures, une prime adaptée pour les services de nuit, un système d’enregistrement du temps de travail, un dispositif de stand by pour les prestations de nuit…

La direction a précisé qu’elle n’entendait pas renégocier cet accord, souhaitant cependant poursuivre les consultations, voire négocier certains détails spécifiques.