Entreprise

Ambiance

Sourire des grands jours, mercredi après-midi, sur le site du haut-fourneau 6 (HF6) de Seraing. C'est le jour du rallumage symbolique de la cathédrale de feu avec la prévision d'une première coulée le 3 mars. "On nous aurait dit, il y a quelques mois, que ce qui était perçu comme un rêve fou, impossible à réaliser se concrétiserait, on ne l'aurait pas cru. C'est une belle revanche sur la fatalité, dit Eric, ouvrier au service "amélioration" de Cockerill Sambre (ArcelorMittal).

Plus loin, un groupe de travailleurs se rappelle l'ambiance qui a entouré les quatre mois de travaux ayant mené à la remise en état du HF6. "Elle était constructive, positive et pas du tout polluée par la polémique qui se développait à l'extérieur sur la problématique des quotas de CO2. On avait le nez dans le guidon et on voulait y croire", raconte Jean, 37 ans. Ouvrier chez Cockerill Sambre depuis 1995, il a vécu la décision d'extinction du "chaud" de Liège et la mise sous cocon du HF6 en avril 2005. "On l'avait vécu comme une injustice, car les dirigeants de l'époque avaient pris la décision de fermer des outils performants", dit-il.

Aller au-delà de 2012

Il est 14h30, c'est l'heure prévue pour le démarrage des festivités devant mener à la mise à feu de l'outil qui ressemble, à certains égards, à une fusée prête à affronter le compte à rebours. Le groupe des invités est convié à se rassembler à l'ombre du HF6. Des tambours saluent le grand jour avant de se taire.

Michel Wurth, n°2 d'ArcelorMittal, rappelle la genèse du projet de relance et transmet l'émotion du PDG, Lakshmi Mittal qui "aurait aimé être là. Merci pour ce projet ambitieux qu'il faut maintenant développer pour servir le froid de Liège qui a un formidable fonds de commerce", a-t-il déclaré. Rappelant l'objectif de sécurité, et la volonté de produire des aciers de qualité à Liège, il a assuré les travailleurs du souhait du groupe d'exploiter l'outil au-delà de 2012, année d'échéance des quotas de CO2. Mais la balle est dans le camp de l'Europe (lire en page suivante), car avec la réfection, l'outil s'est offert 10 à 12 ans de vie supplémentaires. Mais aussi de la qualité et de la compétitivité de l'acier liégeois.

A 15h45, les parrain (Jean-Claude Marcourt) et marraine (Virginie Pirard, une des membres de l'équipe de sécurité du HF6) ont allumé le feu de branche au son de la chanson de circonstance de Johnny Hallyday : allumer le feu.

Pour le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), partisan de la première heure du projet, le rallumage de mercredi symbolise la victoire sur la fatalité. "Nous avons empêché que soit mise en oeuvre, la chronique d'une mort annoncée. Nous avons gagné la bataille de la réouverture, il nous faut maintenant gagner la guerre de la pérennité", a-t-il martelé. Selon lui, la volonté des acteurs d'aller de l'avant et qui se révèle aujourd'hui payante est la même qui porte le Plan Marshall wallon.

Il entend défendre, avec ses autres collègues européens et ce, dès lundi prochain, la cause de l'industrie lourde auprès de la Commission européenne. Il veut peser sur les événements pour que l'Europe n'adopte pas, après 2012, une politique de quotas de CO2 trop stricte qui risque de pénaliser l'emploi dans le secteur. Quid de la pénalité de 20 millions d'euros due par Arcelor suite à la décision de fermeture du chaud ? "Nous avons fait le nécessaire pour préserver nos droits. J'ai aujourd'hui, l'engagement de Mittal de maintenir les outils en activité pour une durée indéterminée avec une datte minimum de 2012", répond-t-il. Pour Francis Degée, le patron du "chaud", la relance du HF6 est "plus qu'une renaissance, c'est une résurrection".

Mettre les bouchées doubles

La relance du HF6 a permis d'engager à ce jour environ 230 personnes dont la plupart ont suivi une formation à Technifutur, le plus grand centre de compétences wallon. Mais d'après les syndicats, l'opération a permis d'éviter la perte de 2 700 emplois programmée, mais elle a surtout permis de consolider près de 8 000 postes de travail dans le bassin sidérurgique liégeois.

Ils admettent qu'il y a encore du travail à faire. "Nous devons mettre les bouchées doubles pour rattraper notre retard sur les autres sites pour être compétitif", dit Francis Gomez, patron des Métallos liégeois de la FGTB. "Le premier enjeu est de revenir à un fonctionnement optimal avec les deux hauts-fourneaux, alors que, pendant 3 ans, les travailleurs ont été concentrés sur le seul HFB. Le deuxième enjeu est celui de la rentabilité ", renchérit Jordan Atansov (CSC-Métal). Mais "on a les bonnes bases, nous allons optimaliser les marges et montrer que nous sommes à la hauteur des attentes", conclut un travailleur.