Entreprise

Le 21e Congrès des économistes se tient, ce jeudi, à Liège. Face à la panne de croissance, certains économistes envisagent déjà la post-croissance. C’est le cas d’Isabelle Cassiers, professeur d’économie à l’UCL et chercheur qualifié du FNRS. Rencontre.

Tourner la page du modèle de croissance

Avec Kevin Maréchal, vous avez présidé les travaux de la commission "Quelle économie dans une ère post-croissance ?" (1). Le point de départ est d’affirmer que nos économies développées ne renoueront plus, sur le long terme, avec des taux de croissance élevés. Sommes-nous condamnés à avoir une croissance faible, voire nulle ?

Il nous semble très vraisemblable que la croissance restera faible sur le long terme. Et, à supposer que le retour d’une croissance soutenue soit possible, nous pensons que ce n’est plus un objectif à poursuivre.

Les méfaits de la croissance ont pris le dessus sur ses bienfaits ?

Un projet basé sur la recherche exclusive d’une forte croissance soulève aujourd’hui trop de problèmes (écologiques, sociaux, géopolitiques…). Depuis trente ans, la croissance n’est plus égalitaire, ce qu’elle était encore durant les Trente Glorieuses (1945-1973, NdlR). Il est nécessaire d’évoluer vers un système qui soit respectueux des contraintes écologiques et d’un partage plus égalitaire. Poursuivre la course à la production et à la consommation matérielle devient absurde. De plus en plus de gens le perçoivent et beaucoup seraient prêts à renoncer à une partie de leur confort matériel pour déployer un projet de société répondant davantage à des besoins humains, tels que le bien-être, le lien social, la convivialité…

Olivier De Schutter (UCL), membre de la commission, parle de "cage" productiviste et consumériste dont il faut s’échapper…

Tout à fait. On prend de plus en plus conscience du côté très aliénant de cette cage. Prenons l’éducation. Les parents sont aujourd’hui quasiment obligés de donner à leurs enfants les produits dernier cri (téléphones, jeux vidéo…) parce que la pression extérieure est devenue très forte. Les parents sont piégés dans un mimétisme de consommation. Et ils se rendent compte que cela se fait souvent au détriment du lien social.

Comment fait-on pour quitter cette cage ?

(...)


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