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Après avoir interdit, par arrêté, la liaison aérienne Charleroi-Liège projetée par la compagnie aérienne Jet4you (avant l'envol vers Casablanca), le ministre wallon André Antoine (CDH) vient de porter le dossier auprès de la Commission européenne. Il vient d'adresser une lettre de trois pages à trois commissaires européens pour demander que l'Europe intervienne pour stopper ce genre de "saut de puce" dans le ciel européen.

Les trois destinataires ne sont pas choisis au hasard : Jacques Barrot, commissaire en charge des Transports, Andris Piebalgs (Energie) et Stavros Dimas (Environnement). Une copie de la lettre est envoyée au Belge Louis Michel (Développement et Aide humanitaire). " Il me semble essentiel de porter cette discussion au niveau européen puisque la Commission européenne a, à maintes reprises, démontré sa volonté d'adopter toutes les mesures indispensables pour favoriser les moyens de transport les moins polluants sur de courtes distances ", explique-t-il. Il indique qu'en vertu de l'article 9 du règlement européen 2408/92 concernant l'accès des transporteurs aériens communautaires au ciel européen, "l es Etats peuvent limiter ou refuser l'exercice des droits de trafic en cas de problèmes graves en matière d'environnement, notamment lorsque d'autres modes de transport peuvent fournir un service satisfaisant ".

Dans la missive dont nous avons eu connaissance, le vice-président wallon justifie d'abord son refus et indique qu'il est limité dans le temps à la saison d'hiver 2006-2007. " L'escale prévue à l'aéroport devait selon les responsables de la société de gestion (du site, la SAB) permettre de compléter le vol avec une quarantaine de passagers et d'avitailler complètement l'aéroplane ."

Un saut de puce de 80 km

Il dit avoir entamé des négociations avec les deux aéroports régionaux et la compagnie pour les convaincre de renoncer au "saut de puce" de 80 km. Mais en vain. " Il n'est pas venu pour trouver une solution, mais nous imposer celle du bus. Ce n'est pas une négociation ça ", rétorque José Happart, président de la SAB (lire ci-contre). Certes, dit André Antoine, le fédéral a estimé que le vol répond aux dispositions du code de l'air et a délivré le droit de trafic. Mais pour lui, il " ne pouvait être justifié dès lors qu'il entraînait des nuisances environnementales extrêmement importantes et disproportionnées, d'autant plus qu'une solution de substitution non dommageable pour les passagers existe puisqu'un transfert gratuit peut être organisé et que celui-ci ne demande pas plus de temps que l'ensemble des opérations nécessaires aux vols entre les deux aéroports ". Lors du premier vol le 1er novembre, c'est un bus qui a acheminé la quarantaine de passagers liégeois vers le site de Charleroi.

Kilos de gaz à effet de serre

Il soutient aussi baser son refus sur une étude d'expert. D'après les conclusions, le vol aérien entre les deux aéroports wallons provoquerait des émissions de gaz à effet de serre sept à dix fois plus importantes que celles d'un bus entre les deux sites. Selon l'expert, quatre bus de 200 passagers, consommant 35 litres sur 100 km produiraient sur une distance de 86 km des émissions de CO2 de 361 kg. Pour chaque passager transporté sur une courte distance de 100 km, un avion subsonique (Boeing, etc.) consomme environ 7 litres de kérosène et chaque kilo de kérosène brûlé libère 3,15 kh de CO2. Dans les mêmes conditions que les bus, l'avion libérerait dans l'atmosphère 3 792 kg de gaz carbonique. Tout ceci, sans oublier que durant les phases de décollage, les émissions de CO2 et de NOx sont largement multipliées.

André Antoine indique que son refus répond aussi à des objectifs de sécurité. Et s'inscrit dans le cadre du protocole de Kyoto. Il a aussi envoyé une lettre au ministre Renaat Landuyt pour demander une réunion entre le fédéral et les Régions afin de coordonner une initiative visant à interdire ce genre de saut de puce préjudiciable à l'environnement.

© La Libre Belgique 2006