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L e château du Lac à Genval serait une copie d'une abbaye cistercienne rhénane. Personnellement, je n'en ai jamais eu la preuve´, sourit John Martin, petit-fils de John Martin qui, en 1909, quittait son Angleterre natale pour venir s'installer en Belgique y importer des agrumes de Sicile et Globe, une limonade. Dès 1912, il s'occupe d'acheminer à Anvers l'`Indian Tonic´ de Schweppes, ce `drink des gens raffinés´. Il y ajoute la célèbre bière irlandaise Guinness et lui adjoint son fameux slogan `Guinness is good for you´. Quelques années plus tard, il crée le Gordon scotch ale d'origine écossaise. En 1934, le sieur Martin tombe sous le charme de Genval et ses sources d'eau minérale. C'est en 1952, bien après avoir composé son Bulldog pale ale, rebaptisé depuis le John Martin's original ale, que la famille restaure le Château du Lac qui, jusqu'en 1981, s'appelait Château Schweppes pour la bonne raison que l'on y embouteillait du Schweppes. Du grand-père, restent aujourd'hui deux petits-fils actifs dans le Martin's Group, John versé dans l'hôtellerie et l'immobilier, et Anthony plongé dans les boissons.

Bâtie en 1904 par la Société minérale des eaux qui désirait en faire un haut lieu du thermalisme, la demeure est donc reconvertie en hôtel au début des années 80 et c'est la fin de la production en ces lieux.

`A cette époque, s'imposer à 15 km de Bruxelles n'était pas une sinécure: pour le Belge, cela semblait déjà loin et il y neige de décembre à mars...´, commente, pince-sans-rire et très britannique, John Martin, président du groupe familial et administrateur délégué de Martin's Hotels. Le succès est pourtant au rendez-vous des 38 chambres et 15 salles de séminaire. `Nous avions les clients, mais pas assez de chambres´. Aujourd'hui, l'ensemble compte 121 chambres - `un bon régime de croisière pour un hôtel´ - 23 salles de réunion-séminaire et 5 étoiles. `Dès le début, nous avons fait le choix de la clientèle business en allant vers les sociétés de haut niveau, ce qui permet d'avoir un niveau d'équipements appréciable et de conserver celui-ci en bon état. Depuis 2, 3 ans, nous nous orientons aussi vers le tourisme sportif, surtout le golf´. Et le client suit: un taux d'occupation de 70 pc hors week-end malgré la tendance des entreprises à resserrer les budgets et à inviter leur personnel à arriver le lundi matin plutôt que le dimanche soir et ce malgré les prix d'appel de ce jour-là. Une tendance sur laquelle se sont greffés les attentats du 11 septembre: `En quelques jours, nous avons remboursé un demi-million d'euros d'annulation, sans discussion´, affirme John Martin. Un montant qu'il faut comparer aux 15 millions d'euros de chiffre d'affaires du pôle hôtelier. Car le Château du Lac a fait des petits: `Ce fut une série de coups de bol. Peu de temps après le Château, Le Lido à Rixensart (3 étoiles) fut mis en vente, ensuite nous avons acquis Le Manoir du Lac, attenant au Château. Depuis lors, nous avons acheté 2 homes, encore une fois à côté du château´. Sans compter le Grand Hôtel Waterloo (4 étoiles), chaque établissement ayant son caractère propre, son directeur et jouissant d'une liberté d'action certaine avec une ligne directrice commune: `La qualité et le service: une priorité pour chacun de nous´. `Je suis content que la société ne soit pas cotée en Bourse car outre le fait que ce serait démoralisant pour le moment, il est très important, dans le métier d'hôtelier avec un service 5 étoiles, de ne pas, justement, aménager ce service en fonction d'un résultat. Ce service doit être constant´, explique encore John Martin.

Et de chercher des opportunités sur Bruxelles et la Flandre: `C'est indispensable car, souvent, les clients qui pratiquent l'alternance Wallonie-Flandre comme lieux de réunion, demandent si nous avons une adresse dans le nord du pays. Pour l'heure, nous avons des contacts à Anvers et venons de conclure un accord pour l'ouverture d'une Boutique-hôtel à Leuven en 2003´. Mais pour le show, c'est le Château du Lac qui tient le haut du pavé avec, par exemple, `The Lakeside Cabaret´, une série de soirées cabaret à destination des entreprises qui se dérouleront du 27 février au 17 mars dans la salle Argentine. Du nom de la source et de la rivière locale.

Ce souci de qualité est aussi celui de son frère Anthony. Souci de la diversification aussi: fini le Schweppes revendu à Cadbury, bonjour, en 1988, les jus de fruits Looza rachetés cette année-là et le lancement d'Orangina en Belgique. Et des bières encore: une nouvelle création, une blonde de caractère répondant au nom de Gordon finest gold (dont la `red´ est la dernière déclinaison); la relance de la brasserie artisanale Timmermans (à base de lambic); et l'arrivée de la Bourgogne des Flandres, de l'écossaise Mc Ewan's et de la Cubana'59 (avec sa pointe de rhum ajoutée après le brassage) complètent la gamme. Enfin, suit le lancement du `Cider´ Adam's apple; en 1995, Quaker Oats cède la distribution de Gatorade, le rafraîchissement des sportifs; l'année suivante, John Martin distribue Ricqles, aux extraits de menthe; et en 2000, l'entreprise de Genval introduit le Gink'o Tea (aux extraits de thé vert et de ginkgo biloba, l' `arbre le plus vieux du monde´ qui `incarne la vie éternelle´), le `tout premier new age fonctional drink´ de Belgique.

Pour être complet, il faudrait ajouter dans la `Finest beers selection´, la Kilkenny, une rousse créée en 1910 dans une abbaye du sud de l'Irlande, et les Dominus, des spéciales élaborées dans une abbaye des Pays-Bas cette fois. Et, dans un autre registre, l'eau suédoise Ramlosa.

`Avant tout, nous sommes et restons des brasseurs même si à la base, nous sommes les créateurs de Schweppes et d'Orangina´, précise Anthony Martin. `Nous contrôlons tous les aspects de la brasserie depuis l'achat des matières premières jusqu'à la production´. Mais comme dans ce dernier domaine, le contexte européen est à la surcapacité, Anthony Martin préfère sous-traiter des productions (en les contrôlant toujours) et `mettre l'accent sur la commercialisation des produits et le développement des marques´. Détail piquant: `Notre premier marché horeca n'est pas la Belgique mais bien l'Italie. L'Espagne est un gros marché aussi. Nous avons d'ailleurs trois lancements prévus cette année dont deux nouvelles marques de bière lancées le mois prochain d'abord en Espagne et tout de suite après en Belgique...´.

© La Libre Belgique 2002