Entreprise

L’ agriculture va se professionnaliser, devenir plus technique. La transition se fera grâce à des outils de précision. C’est le futur de l’agriculture." Paul Bertaux est le CEO de la start-up Agroptimize, basée au campus d’Arlon (ULg). Fort de vingt-cinq ans d’expérience comme ingénieur agronome, consultant en foresterie et biomasse, il apporte son expertise entrepreneuriale à cette nouvelle start-up qui regroupe l’Université de Liège, le centre luxembourgeois de recherches en sciences en technologies List et l’entreprise française Drone agricole.

Ensemble, ces trois partenaires développent des outils d’agriculture de précision qui aident les agriculteurs à utiliser moins de produits phytosanitaires et d’engrais azotés, dangereux pour l’homme et l’environnement.

Mésinformation à l’usage des pesticides

"Il y a une très forte demande des agriculteurs pour ce genre d’outils. Ils leur permettent en effet de réaliser des économies en pulvérisant moins et aussi de conserver leurs subsides européens conditionnés à une réduction de l’utilisation d’intrants. Il faut savoir que les cultivateurs sont très mal informés sur l’usage des traitements. Ils surutilisent les produits. Leurs principaux conseillers travaillent pour des firmes pharmaceutiques" , signale Paul Bertaux.

Comme son nom l’indique, Drone agricole propose des survols des parcelles de blé et de colza afin de les modéliser et d’établir une carte des besoins du sol en azote. De quoi ensuite ajuster la dose de fertilisants car les terres sont loin d’être homogènes. Ses services ne sont commercialisés qu’en France. "En Belgique, la législation sur les drones est encore trop contraignante" , souligne le CEO.

Anticiper pour mieux traiter

Les chercheurs belges et luxembourgeois ont, eux, mis au point PhytoProTech. Ce système d’alerte informatique et téléphonique prévient les agriculteurs que leurs cultures vont être touchées par des maladies fongiques ou des ravageurs. "Il existe une autre méthode d’extrapolation mais elle est imprécise et arrive trop tard : quand l’alerte se déclenche, les maladies sont déclarées. Notre approche est beaucoup plus fine, sophistiquée et anticipatrice. Elle utilise des paramètres agronomiques et météorologiques à haute résolution et à l’échelle d’un kilomètre. Les risques sont donc objectivés et on ne traite que quand c’est nécessaire. Les pratiques courantes du secteur sont plutôt de pulvériser systématiquement, totalement et préventivement, sans que cela soit strictement justifié" , explique le CEO d’Agroptimize.

Depuis l’an dernier, PhytoProTech est en phase de test auprès d’agriculteurs (lire ci-dessous) et dans neuf sites expérimentaux académiques. Une commercialisation est espérée pour 2017. Agroptimize vise une clientèle de fermiers "progressistes, familiarisés avec l’outil informatique et même bios car les agriculteurs sont libres d’utiliser les produits de leur choix" , précise Paul Bertaux. Agroptimize n’est lié à aucune société phytopharmaceutique et s’est protégé contre un éventuel rachat d’une telle firme : il faudra l’accord de tous les actionnaires pour une nouvelle entrée dans son capital. "On pourrait imaginer de nouveaux développements de PhytoProTech : la gestion des mauvaises herbes, les maladies de la vigne, la modulation de la densité des semis" , poursuit-il.

La révolution Copernicus