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C’est un nouveau coup dur pour l’Allemagne. Les quatre grands instituts de conjoncture du pays ont fortement revu à la baisse les prévisions de croissance de la première économie européenne. Pour 2014, la croissance est anticipée à 1,3 %, contre 1,9 % lors des prévisions de mai. Pour 2015, la révision est encore plus sévère : de 2 à 1,2 %.

Cela fait plusieurs mois que l’Allemagne montre des signes de faiblesse. Après le recul surprise du PIB au deuxième trimestre (-0,2 %), une statistique inquiétante a été publiée au mois d’août : la production industrielle a reculé de 4 %, la plus forte baisse depuis février 2009.

"Une légère récession n’est pas à exclure", nous explique Christian Schultz, économiste à la banque Berenberg. Techniquement, un recul du PIB allemand au troisième trimestre signifierait l’entrée en récession de l’Allemagne.

Comment expliquer cet accès de faiblesse de la locomotive de l’Europe ? "Le premier facteur est l’offensive russe en Ukraine qui a fait chuter le moral des entrepreneurs allemands", explique Christian Schultz. Le conflit russo-ukrainien aurait avant tout un impact psychologique sur le climat des affaires en Allemagne. En effet, bien que les exportations allemandes vers la Russie aient chuté d’environ 20 % sur une base annuelle, la Russie n’est que le 11e marché de l’Allemagne et ne représente que 3 % du total de ses exportations.

Schäuble refuse de dépenser plus

"D’autres facteurs comme la stagnation de la zone euro et le ralentissement en Chine expliquent les difficultés de l’Allemagne", note Christian Schultz. Si la Chine est très importante pour l’Allemagne, la zone euro reste son plus grand marché. Or, des pays comme la France ou les Pays-Bas ne se portent pas très bien.

Selon Christian Schultz, des effets de calendrier peuvent aussi expliquer les mauvaises performances de l’Allemagne, mais uniquement au mois d’août. "En Allemagne, les vacances d’été sont tombées tard, ce qui a soutenu la production en juillet mais a diminué la consommation, explique-t-il. En août, la production a baissé, tandis que la consommation a augmenté."

Par ailleurs, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a opposé une fin de non-recevoir aux demandes du Fonds monétaire international (FMI) de soutenir l’activité via les dépenses publiques. Selon lui, "signer des chèques ne sert à rien" .

Coup dur pour la Belgique

Ce coup de mou observé en Allemagne n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour la Belgique. Chaque année, les entreprises belges exportent pour 38 milliards d’euros de marchandises vers la première économie européenne.

"L’Allemagne accueille 17 % des exportations de la Belgique, explique Geert Van Cronenburg, chef économiste à la Fédération des entreprises de Belgique. Avec la France, l’Allemagne est notre client le plus important."

En outre, les statistiques allemandes montrent que l’industrie est un des secteurs qui souffrent le plus chez notre voisin.

"C’est une très mauvaise nouvelle car nous exportons beaucoup de biens industriels vers l’Allemagne, note Geert Van Cronenburg. Et ce ralentissement arrive à un mauvais moment. Cela faisait quatre trimestres de suite que la production industrielle se redressait légèrement en Belgique . Cependant, la production industrielle se situe encore 10 % sous le niveau d’avant la crise."