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La Cour des comptes vient de rendre un rapport cinglant sur l'informatique administrative en Région wallonne telle que mise en œuvre par le contrat signé le 28 juin 1989 avec le Groupement d'intérêt économique informatique (GIEI). "Divers éléments empêchent actuellement la Région de maîtriser son outil informatique. La convention de 1989 est illégale au regard de la réglementation des marchés publics en vigueur", conclut en substance la Cour des comptes dans son rapport d'audit dont "La Libre" a eu connaissance.

En effet, il y a près de 20 ans, la Région confia la gestion de l'informatique administrative au GIEI, une société interne gérée par Ethias et composée de divers partenaires (ASBL ORI, Adehis/Dexia, etc.). La convention entre les autorités wallonnes et le GIEI couvre divers aspects : fourniture de matériel et de logiciels, de consommables (cartouches, écrans, etc.); prestation de services (études, etc.), développement d'application et mise à disposition de personnel spécialisé. La convention est signée au profit du Ministère de la Région wallonne (MRW) et de celui de l'équipement (Met). A l'analyse, il apparaît que les autorités régionales se sont fait berner (consciemment ?) sur toute la ligne.

Non seulement, l'attribution du marché n'avait pas fait l'objet d'une mise en concurrence, mais la majeure partie des développements applicatifs est sous-traitée à quelques sociétés dont la plupart sont membres du GIEI. "La Région, malgré son pouvoir d'achat étendu, n'a pas été en mesure d'exercer un contrepoids efficace face au prestataire pour contrôler la détermination de ses prix et la concurrence de ceux-ci aux prix du marché. Il eût été possible de réaliser des économies à ce niveau, notamment par la mise en concurrence directe de différents prestataires", note la Cour des comptes.

Contrat à 30 millions d'euros

Elle ne maîtrise pas non plus les niveaux de service visés par les interventions en raison du fait que les informations existantes sont produites et transmises par GIEI.

Or, la convention avec cette dernière coûte annuellement environ 30 millions d'euros à la Région wallonne. Elle dépend entièrement aussi du prestataire (GIEI). "A l'heure actuelle, la Région est largement tributaire de la veille et des choix technologiques opérés par le prestataire qui, en l'absence de concurrence, poursuit ses activités en utilisant la technologie qu'il maîtrise. A cet égard, l'objectif de la convention de 1989 qui visait à faire bénéficier la Région d'un large éventail en matière de technologie informatique n'a pas été atteint", constate encore la Cour. Mais la Région n'a résilié la convention qu'en février 2008, mais le délai de préavis étant de 3 ans, elle n'en sera complètement délivrée qu'en 2011.

A lire entre les lignes, le GIEI ne fait que profiter des lacunes et des manquements de la Région wallonne. Elle ne dispose pas d'une stratégie informatique globale encadrant les plans opérationnels des différents départements. "Le manque de maîtrise trouve également sa source dans l'organisation cloisonnée des différentes directions générales. Les coûts des travaux de développement ne sont pas suffisamment maîtrisés en raison notamment de leur programmation annuelle qui ne permet pas de faire apparaître la totalité des dépenses engagées", lit-on encore dans le rapport d'audit.

Pour la Cour, la gestion de l'informatique régionale est aussi entravée par un "important déficit en personnel" et l'absence d'un système de "reporting", ce qui empêche tout contrôle des prestations du GIEI. Au moment de l'audit, les directions de l'informatique du MRW et du Met disposent respectivement de 7 équivalents temps plein et de 18 agents, ce qui "est nettement insuffisant pour couvrir de manière acceptable tous les besoins de l'administration en terme de délais et de qualité des services".