Entreprise

Dieu, que cela est laborieux... Une trentaine d'Etats membres de l'Organisation mondiale du commerce - qui en compte 148 - ont préservé l'essentiel, mercredi à Paris: la possibilité de mener à bien le cycle de Doha. Ces négociations périlleuses visent à libéraliser davantage le commerce mondial, en prenant particulièrement en compte les aspirations des pays en voie de développement.

Un contexte difficile

Après l'échec cuisant du sommet de Cancun, en septembre 2003 au Mexique, les contacts avaient été renoués difficilement à Genève, siège central de l'OMC. Au centre des discussions: l'agriculture. Un préaccord avait pu être dégagé l'été dernier pour une réduction substantielle des subventions à l'exportation, menant à une suppression dont le terme n'est pas encore fixé, et une diminution des aides internes. Un cadre de travail, seulement.

Depuis, cela coinçait sur un point technique particulièrement important: la conversion en pourcentage des droits de douane sur les produits agricoles, généralement exprimés en monnaie sonnante et trébuchante. Anecdotique? Pas du tout, dans la mesure où cela conditionne la hauteur des concessions faites, singulièrement par les Européens. L'Union des Vingt-cinq était donc particulièrement mise sur la sellette avant la réunion de Paris. Dans un contexte difficile, le référendum sur le traité constitutionnel étant au coeur des débats. Or, la politique agricole commune est un point sensible pour le monde paysan hexagonal.

Après de longues discussions, un accord a finalement été trouvé, mercredi en fin de journée. Un groupe de cinq pays a une nouvelle fois joué les démineurs: Australie, Brésil, Etats-Unis, Inde et Union européenne. «Cela va nous permettre d'avancer dans la négociation», s'est félicité Celso Amorim, ministre brésilien des Affaires étrangères. Une fois cette querelle technique dénouée, il reste à s'entendre sur l'échelle des réductions. Avec, en ligne de mire, le prochain sommet de décembre à Hong Kong. Et le désir de boucler le cycle de Doha dans le courant 2006.

Délicats équilibres

La route est encore longue et c'est un euphémisme de l'écrire. Outre l'agriculture, d'autres sujets risquent de braquer les uns ou les autres. La libéralisation des services, par exemple, un secteur jugé crucial par les pays développés. Chaque membre doit remettre d'ici la fin mai une offre reprenant la liste des services susceptibles d'être ouverts à la concurrence. Une quarantaine d'entre eux restent toujours aux candidats absents.

«Cette date butoir est très sérieuse pour nous», ne cesse d'insister Peter Mandelson, commissaire européen en charge du Commerce extérieur. L'Union est demandeuse en la matière, tout en excluant de mettre en péril certains secteurs sensibles comme l'éducation ou la santé. Inquiets, des manifestants ont toutefois dénoncé à Paris le manque de transparence de l'OMC. Pour l'énième fois.

© La Libre Belgique 2005