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Malgré l'optimisme affiché dimanche par l'industrie automobile à Detroit, les perspectives 2008 pour le marché américain sont peu réjouissantes, le ralentissement économique provoqué par la crise de l'immobilier et des "subprime" affectant désormais ce secteur.

Alors que plusieurs analystes macroéconomiques évoquent une entrée en récession des Etats-Unis, les principaux constructeurs automobiles sur ce marché, américains comme japonais, admettent envisager une demande en berne en 2008. L'année 2007 a déjà été mauvaise, avec 16,14 millions de véhicules vendus, marquant la première année de recul pour ce marché après plusieurs années fastes. "Nous tablons sur des ventes de l'ordre de 15,8 millions d'unités cette année", indique Michael Robinet, responsable des prévisions pour le cabinet CSM Worldwide, soit un recul de près de 2% sur 2007.

"Et encore, nous ne sommes pas aussi pessimistes que d'autres cabinets", ajoute-t-il. Les analystes de la banque d'affaires Goldman Sachs font pour l'heure les prévisions les plus noires, envisageant des ventes autour de 15 millions d'unités seulement, soit un recul de près de 7% sur un an. Le vice président de Chrysler, le constructeur américain le plus en difficultés - General Motors et Ford ont entamé avant lui restructuration et changements dans les modèles produits - a récemment averti que "la nouvelle année s'annonce difficile".

Le discours est similaire chez General Motors (GM), dont le vice-président chargé des ventes, Mark LaNeve, reconnaît qu'il s'attend à un premier trimestre particulièrement mauvais. "Nous ne voyons pas vraiment de changement de tendance avant la fin de l'année, voire le début 2009", estime quant à lui George Pipas, analyste des ventes chez Ford. Le groupe table sur 15,7 millions de véhiules vendus cette année.

Même les constructeurs japonais, qui ont jusqu'ici gagné des parts de marché trimestre après trimestre au détriment des constructeurs américains, grâce à des modèles plus économes en carburant, dressent des perspectives sombres pour 2008. Fred Standish, porte-parole de Nissan pour l'Amérique du Nord, admet que les constructeurs japonais - Toyota, Honda et Nissan principalement - s'attendent à des vents de face. "Nous tablons sur des volumes de l'ordre de 15,5-16 millions d'unités", a-t-il indiqué.

Malgré l'introduction de nouveaux modèles cette année, ce responsable de Nissan redoute que la crise de l'immobilier résidentiel grippe un peu plus la consommation, en l'occurrence l'automobile. Le constructeur japonais Toyota, qui a ravi en 2007 à Ford la place de numéro deux sur le marché des Etats-Unis, a récemment revu en baisse ses prévisions de ventes sur ce marché et table désormais sur une hausse de 1 ou 2%, contre 3% précédemment, reconnaît Xavier Dominicis, porte-parole du groupe aux Etats-Unis.

Les consommateurs ont réduit leurs dépenses en raison de la hausse des prix de l'énergie et de la crise de l'immobilier résidentiel, rappelle Bob Carter, vice-président des ventes chez Toyota. Les mises en chantier de logements, baromètre pour les ventes de gros pick-up, sont à leur plus bas niveau depuis 16 ans, selon ce responsable. Face à ces sombres perspectives, certains préfèrent penser à l'éclaircie. Michael DiGiovanni, responsable de l'analyse des ventes chez GM, estime ainsi que le recul de l'immobilier présage d'une remontée nécessaire, sans doute fin 2008, voire début 2009.