La Sabena, maux par mots

VINCENT SLITS Publié le - Mis à jour le

Entreprise

ANALYSE

Le rapport de la commission Sabena a été bouclé dans la douleur. Il a été présenté mercredi à la presse. Retour en quelques mots sur les maux d'une compagnie au destin funeste.

1 Trahison. Principal coupable aux yeux de la commission Sabena: Swissair et derrière elle les puissants banquiers suisses. `N'ayant pas versé au 1er octobre 2001 les capitaux promis en vertu de la convention d'actionnaires du 2 août 2001, l'actionnaire suisse est directement et immédiatement responsable de la faillite de la Sabena´, souligne la Commission Sabena. Et d'ajouter: `SAirGroup a fait preuve de mauvaise foi et d'intention trompeuse au détriment de la Sabena´. Les Suisses Philippe Brugisser et Paul Reutlinger sont visés: le premier pour avoir fait pression sur la Sabena afin qu'elle opte pour Airbus, le second - patron de la Sabena à la fin des années 90 - pour avoir `roulé´ pour Swissair et préservé `la paix sociale´ à n'importe quel prix.

2 Passivité. On l'a déjà dit, la commission Sabena accuse le conseil d'administration d'une trop grande `passivité´ vis-à-vis de Swissair et d'un manque de sens critique lors de certaines décisions cruciales comme l'extension de la flotte en 1997. Est notamment reproché aux administrateurs belges le fait de ne pas avoir exigé du partenaire suisse des garanties de financement. `Le conseil d'administration n'a pas pu exercer son action collégiale. La tentative du président de jeter un pont entre administrateurs suisses et belges par l'intermédiaire du Bureau du Conseil n'a pu éviter la polarisation et a eu pour effet que certains administrateurs n'ont pas été associés aux décisions essentielles´, explique la commission.

3 Opacité. Opacité dans le processus décisionnel et dans les rapports entre les actionnaires, le comité de direction et le conseil d'administration. La Sabena était tout sauf une entreprise moderne aux yeux des règles modernes du `corporate governance´. `Les liens entre la Sabena et ses filiales constituent un enchevêtrement, un réseau d'engagements hors bilan (par exemple les hôtels Sabena). Ce sont surtout les contrats de leasing de la Sabena qui étaient inutilement compliqués (les leasings à quatre niveaux n'étaient pas rares) et ont exigé l'intervention d'onéreux avocats. Ici encore, la folie des grandeurs de Swissair a affecté la Sabena´, souligne les parlementaires.

4 Pesanteur. `La culture d'entreprise, qui était au sein de la Sabena comparable à celle d'une administration publique, a eu pour conséquence que le naufrage de la Sabena n'a jamais été conçu comme une possibilité´, souligne le rapport de la commission Sabena. Et d'ajouter: `Pendant certaines périodes, les déficiences sur le plan de l'organisation et de la gestion du personnel ont entraîné la présence d'effectifs excédentaires dans certains secteurs de l'entreprise´. Le degré élevé de syndicalisation et la complexité de la concertation sociale sont également en cause.

5 Politisation. Autre spécificité de l'ex-Sabena: la politisation des organes de gestion de l'entreprise et l'absence d'une réelle vision stratégique dans le chef de l'Etat actionnaire. Le manque de cohérence aussi dans les décisions prises par les gouvernements successifs. `La composition du conseil a été déterminée en fonction du poids des partis politiques traditionnels (sociaux-chrétiens, socialistes et libéraux), ce qui n'a toutefois pas empêché la nomination par certains partis de capitaines d'industrie´, admet la commission qui estime que les grands formats politiques qui ont géré le dossier n'ont pas commis de `fautes´ et ne peuvent être tenus responsables de la faillite de la Sabena. Rik Daems est cependant critiqué ici ou là: `Le ministre de tutelle Daems a toléré la mise en oeuvre effective d'AMP, qui ouvrait la voie à une fusion effective, sans qu'il y ait suffisamment de garanties déterminantes concernant la conclusion d'un nouvel accord entre actionnaires´. Sans le citer, le rapport égratigne aussi Elio Di Rupo qui en mariant en 1995 la Sabena à Swissair aurait été bien inspiré de vérifier davantage la solidité financière du partenaire suisse. Quant à Guy Verhofstadt, on l'a dit, il lui est surtout reproché de ne pas avoir transmis certains documents à la commission. Et rien de plus.

© La Libre Belgique 2003

VINCENT SLITS

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