Entreprise

Ambiance tendue à la Société wallonne des aéroports (Sowaer), du moins entre les instances (conseil d'administration, comité de rémunération) et le président du comité exécutif, Luc Vuylsteke. Ce dernier conteste une décision récente du comité de rémunération, qui lui supprime des émoluments mensuels (1549 € brut) qu'il percevait en tant que président du conseil d'administration (CA).

D'après une lettre confidentielle de son avocat au conseil d'administration et dont nous avons eu connaissance, Luc Vuylsteke indique que "par sa décision du 21 juin 2007, le comité de rémunération a modifié unilatéralement un élément essentiel" de son contrat de travail. Il demande que le CA, qui doit se réunir le 12 juillet, "lui rende le montant mensuel de 1549 €", et ce, au plus tard le 15 juillet. A défaut, il porterait le différend devant le tribunal du travail. Selon nos informations, Luc Vuylsteke menacerait même de réclamer de lourdes indemnités à la Sowaer, et de facto à la Région wallonne, pour rupture unilatérale de contrat, soit près de 900 000 €.

Salaire de 10000 € par mois

Il faut dire que les relations entre le président du comité exécutif et les autorités wallonnes se sont dégradées depuis que celles-ci ont modifié les statuts de la Sowaer. Pour des raisons de bonne gouvernance et sur proposition du ministre de tutelle, André Antoine (CDH), la Région wallonne a décidé de séparer la fonction de président du CA et celle de président du comité exécutif, lesquelles étaient toutes les deux occupées par Luc Vuylsteke. De facto, ce dernier perdait logiquement les émoluments qu'il percevait en tant président du CA. Mais confirmé dans son mandat de président du comité exécutif, il gardait sa rémunération mensuelle qui s'élevait à près de 10 000 € brut. Sans compter les frais de représentation (250 €/mois), des chèques-repas ainsi que le véhicule de fonction et chauffeur. Déjà en mai, le patron de la Sowaer avait confié la défense de ses intérêts au cabinet d'avocats Claeys & Engels pour revendiquer le maintien de ses émoluments d'administrateur et de président de CA.

Pour certains administrateurs, le président du comité exécutif de la Sowaer a opté pour une voie sans issue en se tournant vers un cabinet d'avocats avec des menaces à la clé. "Il aurait dû maintenir un règlement à l'amiable, surtout que pour son mandat d'administrateur, c'est le MR qui l'avait désigné en 2001 qui l'a lâché", dit un administrateur. D'autres administrateurs nous ont assuré avoir tenté de rallier les points de vue, mais en vain. Aujourd'hui, c'est Jean-Jacques Viseur (CDH), nouveau bourgmestre de Charleroi, qui est président de la Sowaer et de son comité de rémunération.

Sowaer : bilan peu reluisant

Aujourd'hui, la tension est telle que la Sowaer est en affaires courantes et tourne au ralenti. Or, pour un organisme public doté d'un budget (investissements et travaux délégués sur et autour des aéroports wallons) d'environ un milliard d'euros, il y a urgence pour que le conflit ne s'enlise pas. Mais des observateurs mettent aujourd'hui en doute l'efficacité de la Sowaer qui a mis du temps pour élaborer un contrat d'entreprise et qui n'a pas su vraiment jouer son rôle d'arbitre des aéroports wallons (dossier du saut de puce de la compagnie Jet4you, etc.). Avant l'arrivée de la nouvelle majorité wallonne en 2004, le bilan des isolations et rachats de maisons autour des aéroports wallons était peu reluisant. Aujourd'hui, on compte plus de 2 000 rachats ou isolations d'immeubles contre quelques-uns seulement il y a 3 ans.