Entreprise

On ne peut pas être patron d'une entreprise active dans tout le pays et avoir des idées politiques très tranchées. Herman De Bode, le responsable du bureau Benelux de McKinsey, vient d'en faire l'expérience. En signant le manifeste pour l'indépendance de la Flandre, le consultant s'était mis dans une situation intenable, qui l'a acculé à démissionner. Une information donnée jeudi par «Le Soir» et confirmée par la société, laquelle précise qu'Herman De Bode «continue à servir ses clients en tant que partenaire».

Herman De Bode (52 ans) est un des rares patrons en fonction - il est aussi le président du «Harvard Club de Belgique» - à avoir signé ce manifeste. «C'était une initiative personnelle et privée. En tant qu'entreprise, McKinsey n'a été impliquée d'aucune manière dans ce manifeste» et «n'a aucun point de vue ni d'avis spécifique sur le débat politique à propos de l'avenir de la Belgique» précise la société. Celle-ci a notamment comme clients la Région wallonne et des entreprises présentes dans le Sud du pays.

Déclarations agressives

Ce manifeste (de 250 pages) a été rédigé par un groupe de réflexion intitulé «In de Warande» (LLB du 26 novembre) et présidé par l'ancien patron de la KBC, Remi Vermeiren. Il plaide pour l'indépendance de la Flandre en faisant une description pour le moins peu flatteuse de la Wallonie et de Bruxelles.

Il souligne notamment que les transferts financiers de la Flandre vers le reste du pays s'élèvent à 6,6pc du revenu brut régional. «Notre contribution financière en faveur de la Wallonie est plus élevée que celle de l'Allemagne de l'Ouest à l'égard de l'ex-Allemagne de l'Est depuis la chute du mur de Berlin», avait indiqué Remi Vermeiren lors de la présentation du manifeste.

Ce dernier a réagi hier par voie de communiqué de manière virulente à la démission d'Herman De Bode. Il y voit la conséquence des «déclarations agressives» de certains milieux qui ont brandi la menace de répercussions commerciales sur McKinsey. Ce qui constraste, selon lui, avec le «ton factuel du manifeste» et est en contradiction avec les principes de «liberté d'expression».

L'ancien patron de la KBC se demande s'il est normal qu'on ne puisse pas avoir un tel échange d'idées ou si on a peur du résultat d'un tel débat.

Le manifeste a de fait suscité une levée de boucliers de certaines personnalités du monde patronal comme l'ancien administrateur délégué de la FEB, Tony Vandeputte (LLB du 1er décembre), mais est resté sans réaction du côté des hommes politiques. Irait-il trop loin même pour des partis comme le N-VA? «Le monde politique reste en retrait, car il est jaloux que cette initiative ne vienne pas de lui», souligne Franz Krol, directeur de «Trends» et un des signataires.

Cela a pris environ un an et demi pour rédiger ce document, dont les principaux auteurs sont Johan Van Gompel (service d'étude KBC) et Jan Vandoren (de l'organisation patronale flamande Voka).

© La Libre Belgique 2005