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L’Union européenne, la semaine dernière. La Suisse ce dimanche: les rémunérations des grands patrons sont dans le collimateur des pouvoirs publics. Des réglementations plus poussées vont ainsi entrer en vigueur afin "d’encadrer les salaires" (uniquement dans le secteur bancaire en ce qui concerne le projet de l’Union européenne). Le but est d’éviter certains abus de bonus démesurés ou de "parachutes dorés", soit des indemnités de départ très généreuses.

Et en Belgique ? Rien de neuf pour l’instant. "Il est temps d’agir", s’insurge le groupe Ecolo-Groen (opposition) de la Chambre, qui invite la majorité fédérale à "emboîter le pas à la Suisse et l’Union européenne". Du côté du parti socialiste aussi, on frappe du poing sur la table. "Trop is te veel", selon le PS. Les députés socialistes prennent l’exemple d’AB InBev et de la rémunération de son patron, le Brésilien Carlos Brito, qui équivaudrait, selon eux, à 4 500 années de salaire moyen d’un travailleur. "En 2011, il a gagné 2,5 millions d’euros et 135 millions d’euros de bonus, alors même que près de 300 emplois étaient supprimés", dénoncent les députés socialistes.

Les salaires de patrons d’entreprises publiques ou assimilées, comme Didier Bellens (Belgacom, 2,6 millions d’euros en 2011) et Johnny Thijs (Bpost, 1,1 million d’euros) ont aussi souvent été pointés du doigt.

Chacun y va donc de sa proposition. Pour les écolos, il faut une taxation supplémentaire de 25 % sur les rémunérations dépassant un million d’euros et un taux de 70 % pour les indemnités de départ supérieures à 250000 euros.

Les socialistes prônent, eux, de "plafonner les bonus à maximum 30 %" du salaire fixe, tout en imposant un écart d’un à 20 maximum dans la politique salariale des entreprises publiques.

Mais force est de constater que malgré plusieurs propositions, notamment de l’ex-ministre Paul Magnette (PS), le dossier bloque au gouvernement. Pour les socialistes, il y a un "blocage de la droite". Dans un communiqué, plusieurs députés PS dénoncent "l’obstruction de certains acteurs économiques - et de leurs relais politiques - qui préfèrent conserver leurs rémunérations indécentes au détriment d’investissements économiquement et socialement plus justes et plus rentables". En cette période de crise, ils appellent "les forces conservatrices" à un "sursaut civique".

"Pouvoir pénaliser les patrons"

Mais selon le député Ecolo Ronny Balcaen, ce clivage droite-gauche n’est pas si net que cela. Charles Michel s’était lui-même montré favorable à des rémunérations ne dépassant pas celles du Premier ministre pour les patrons d’entreprises publiques. En fait, c’est surtout l’Open-VLD qui bloque". Selon le député, les différentes propositions d’encadrement ont peu de chances d’aboutir durant cette législature. "Et il n’y aura sans doute pas de majorité alternative là-dessus". Bref, c’est le statu quo.

D’aucuns ont un autre point de vue. C’est le cas d’Olivier Willocx, le patron de la chambre de commerce bruxelloise, Beci (Brussels enterprises commerce and industry), pour qui on "se trompe de débat". "Je ne comprends pas trop l’intérêt de ces propositions : l’Etat a déjà les leviers nécessaires, en tant qu’actionnaire et représentant au conseil d’administration, pour limiter les salaires des patrons des entreprises publiques". Par contre, selon M. Willocx, ce qui est du privé doit être tranché "par le privé", soit les actionnaires ou le conseil d’administration d’une entreprise. "Les salaires d’entreprises privées ne peuvent pas être imposés par le pouvoir public, même si d’un point de vue éthique, il y a sans doute débat pour certaines rémunérations".

Exemple français ?

Mais cette discussion éthique serait, selon M. Willocx, "limitée", vu qu’on se retrouve dans un marché ouvert. Les entreprises publiques n’y échappent pas. "La SNCB, Belgacom, Bpost, ces entreprises font face à des enjeux colossaux pour l’Etat. On a besoin de managers de la carrure de Didier Bellens ou Johnny Thijs (Bpost). Or si on diminue leurs salaires, ils fileront dans le privé ou à l’étranger".

Ronny Balcaen balaie ce dernier argument d’un revers de main. "On le voit actuellement en France : il n’y a pas de réels problèmes à avoir des patrons d’entreprises publiques moins bien payés". Le député vert veut aller un pas plus loin en liant résultats et salaires dans le public. "Je prends le cas de la SNCB : en matière de sécurité ou de ponctualité, il faudrait pouvoir pénaliser les patrons du groupe si on n’est pas dans des résultats corrects fixés dans les contrats de gestion".