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Une importante délégation du ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, s’est rendue au Québec et notamment au salon C2-MTL de Montréal. Ce rendez-vous international a pour ambition de devenir le "Davos de la créativité". Parmi les conférenciers figurait notamment Richard Branson, le fondateur de Virgin.

La Wallonie a lancé, en 2010, un programme pour booster l’économie créative. Creative Wallonia est jusqu’à présent doté d’un budget modeste de 8 millions d’euros que Jean-Claude Marcourt aimerait augmenter.

La Commission européenne a donné un petit coup de pouce à l’initiative en choisissant la Région wallonne, aux côtés de la Toscane, comme district européen créatif parmi quarante-quatre candidats.

L’économie créative consiste à faire travailler ensemble des professionnels d’horizons différents afin de faire germer des projets innovants. Le credo du salon C2 de Montréal est que les entreprises occidentales doivent miser sur leur différenciation et leur créativité pour être concurrentielles.

Le programme Creative Wallonia s’appuie sur plusieurs initiatives. ID Campus, qui dépend de l’Université de Liège, est une formation pour les diplômés de l’enseignement supérieur de type long. Par le biais de projets et de cours, les étudiants apprennent à développer et à gérer la créativité.

L’année dernière, un chocolatier a, par exemple, demandé à ID Campus de travailler sur le packaging de ses produits afin de le rendre moins coûteux et plus simple. La solution développée par un ingénieur, un designer et un commercial a été utilisée gratuitement par ce chocolatier.

L’initiative Boost-Up est, elle, une bourse, comprise entre 40 000 et 140 000 euros, destinée à soutenir des projets innovants portés par des indépendants ou des PME. Huit espaces de coworking ont aussi été créés pour amener des entrepreneurs à se rencontrer.

Selon Jean-Claude Marcourt, la Wallonie retire un gros avantage de sa collaboration avec le Québec. "Les politiques publiques ont été plus innovantes en Wallonie qu’au Québec au niveau de la créativité, nuance le ministre de l’Economie. Cependant, le terreau économique est plus fertile ici avec des entreprises comme le cirque du soleil ou Ubisoft".

Si les entreprises wallonnes présentes au Québec étaient dans l’ensemble enthousiastes quant au programme Creative Wallonie, il est aujourd’hui impossible de mesurer son efficacité. "Tout le monde veut des résultats immédiats alors qu’on sait que ça prend du temps, répond Jean-Claude Marcourt. Le programme a été lancé en 2010, il est donc irréaliste d’évaluer ses résultats maintenant. Je note simplement l’enthousiasme du secteur".

Une bonne mesure à accélérer

Du côté de l’Union des classes moyennes (UCM), on est globalement satisfait du soutien de la Wallonie en faveur de la créativité. "Jusqu’il y a peu, la Région wallonne s’était focalisée sur l’innovation technologique dans ses programmes d’aide, explique Jonathan Lesceux, conseiller au service d’étude de de l’UCM. Le plan Creative wallonia soutien davantage la créativité dans son ensemble". Celui-ci profite donc aux PME exclues des grands programmes de soutien à la recherche scientifique ou technologique. "La R&D pure s’étale sur une durée trop longue pour intéresser les PME, note Jonathan Lesceux. Les projets développés par les PME sont généralement mis sur pied en moins d’un an".

L’UCM regrette néanmoins que la mise en œuvre du plan Creative Wallonia ne soit pas complète. "Il y a beaucoup de communication autour du projet mais il faudrait être plus concret, note Jonathan Lesceux. A ce stade, environ la moitié des mesures annoncées en 2010 ont été mises en œuvre. Il conviendrait également d’augmenter le budget qui reste modeste".

Selon l’UCM, il ne faut néanmoins pas attendre des "résultats concrets" en termes de créations d’emplois ou d’entreprises. "C’est avant tout un programme qui change les mentalités, note Jonathan Lesceux. On met l’accent sur les réussites de la Wallonie plutôt que sur ses échecs".

Et selon l’UCM, la Wallonie se situe bien par rapport aux autres pays européens au niveau de la créativité. Une enquête européenne (CIS) a montré que le taux d’entreprises innovantes en Wallonie était passé de 52 à 57 % entre 2008 à 2010. Et en 2011, le Regional innovation scoreboard a placé la Wallonie dans les meilleurs de la deuxième des quatre catégories mais derrière la Flandre et Bruxelles.