Entreprise

Les entreprises belges sont victimes de retards délibérés de paiement de factures de la part de leurs clients. Une situation qui n’est pas neuve mais qui coûte de plus en plus cher à nos entreprises.

Intrum, le principal fournisseur des services de gestion de crédit en Belgique, vient de publier les résultats de son dernier rapport concernant le comportement de paiement des entreprises en Europe.

L’European Payment Report 2019 est le résultat d’une enquête menée dans 29 pays européens, entre le 31 janvier et le 5 avril 2019. 11.856 entreprises européennes ont participé.

Pour l’ensemble des pays européens sondés, le constat est sans appel : les entreprises ressentent un impact négatif suite aux retards de paiements. Des retards imputés aux clients de ces entreprises, aux entreprises partenaires mais aussi et surtout au gouvernement. Et le cas de la Belgique est l’un des plus préoccupants. Guy Colpaert, CEO d’Intrum, n’est pas surpris mais tire tout de même la sonnette d’alarme. Notamment vis-à-vis du gouvernement qui reste le plus mauvais payeur. “Cela donne une consonance particulière au slogan “Jobs, jobs, jobs”” ironise t-il.

Notre pays est un des champions d’Europe pour les retards de paiement. D’un point de vue global, ce rapport, qui est le 21e du genre, permet de mettre en lumière différentes tendances. Là où le bât blesse vraiment, c’est au niveau du secteur public ou ce que le rapport nomme "le gouvernement". "Au niveau européen, le délai de retard est de 38 jours et la Belgique est à 60 jours de retard. C’est énorme et ça ne s’arrange pas avec le temps”.

Entreprises wallonnes versus entreprises flamandes : 1 - 0 pour le sud mais…

Ces retards ont évidemment un coût, c’est d’ailleurs par ces termes que le rapport est introduit. Les entreprises puisent sur leurs fonds propres pour tenter de réguler la situation et “limiter la casse” explique Guy Colpaert. “La situation n’est pas neuve, elle n’est même pas surprenante mais elle devient habituelle et ce sont des mauvaises habitudes que les entreprises voudraient éviter puisque les conséquences ne sont pas minimes : impact négatif sur le recrutement, risque de crédit en évolution, chiffre d’affaires annuel perdu de plus en plus important avec un taux historiquement haut qui culmine aujourd’hui à 3,5%. C’est un signal fort à prendre en considération très vite”.

Pour la première fois, le rapport d’Intrum met en lumière des différences entre les entreprises wallonnes et les entreprises flamandes. Des différences qui seraient liées à la fois aux différences culturelles mais aussi et surtout aux différences socio-économiques entre le Nord et le Sud du pays. Coté wallon, 7,5% des entreprises paient en retard tandis que le chiffre grimpe à près de 12% pour les entreprises flamandes.

“Les entreprises flamandes étant plus prospères d’un point de vue socio-économique, l’attitude entrepreneuriale est moins pressante, disons même plus zen. Les entreprises se portent mieux donc le délai des paiements n’est pas une grande priorité. En Wallonie, les entreprises sont plus prudentes, misent sur une relation avec le client plus cordiale et, dans les faits, plus professionnelle ce qui pousse à plus facilement respecter les délais, et donc, à payer avec moins de retard”.

Mais Guy Colpaert rappelle que la situation de la Belgique reste préoccupante, surtout si le secteur public reste aussi mauvais payeur. Une crise politique pourrait-elle davantage compliquer la situation? “Pas à court terme puisque les affaires courantes permettent aux entreprises de continuer mais si nous n’avons toujours pas de gouvernement dans 6 mois, cela risque de devenir un problème bien plus conséquent pour nos entreprises, au Nord, comme au Sud”.