Entreprise

Acôté des grosses machines à produire que sont les Hasbro, Mattel aux Etats-Unis ou Ravensburger en Allemagne, le secteur du jeu de société fourmille de très nombreuses petites, voire microentreprises, qui se lancent dans le métier de l’édition.

Et dans ce créneau, la Belgique est loin d’être à la traîne. Si, traditionnellement, l’Allemagne reste un des leaders européens du secteur, et si la France commence à lui tailler des croupières, lors de la dernière foire internationale d’Essen (en Allemagne), fin octobre, les entreprises belges étaient particulièrement bien représentées.

Qui plus est, leur nombre augmente d’année en année. Mais elles se démarquent également par la qualité des produits présentés, des produits qui ont de plus en plus une ambition internationale.

A l’origine de cette expansion, un réel engouement pour le jeu de société avec une croisance des ventes de l’ordre de 5 à 10 % ces dernières années. En corollaire, on assiste au développement de magasins spécialisés, voire de chaînes de magasins qui se focalisent sur les jeux de la nouvelle génération. Et l’apparation aussi de cercles, de cafés, ou encore de "tables" de jeu comme il y a des tables d’hôtes.

Sociologues et autres analystes s’efforcent d’expliquer le phénomène: retour aux valeurs sociales, familiales, convivialité, cocooning, bon rapport coût/satisfaction... Et sans doute aussi un effet retour de la suprématie du jeu vidéo, même si les deux univers ne sont pas forcément incompatibles.

Le fait est qu’il existe un marché souvent composé de jeunes adultes ou de jeunes parents qui ont (ré)appris à jouer ensemble et qui sont souvent issus de la génération Game Boy. C’est donc à eux que s’adressent le plus souvent les éditeurs de jeux, en proposant des produits qui sont tantôt purement ludiques, tantôt très "prise de tête". Depuis le jeu d’apéro qu’on rejoue après 10 minutes au jeu de plateau bourré de cubes en bois sur lequel on passe une soirée entière, tous les gôuts sont présents.

Si on estime qu’il sort en moyenne un nouveau jeu de société par jour, on peut comprendre aussi combien les éditeurs doivent avoir les reins solides pour survivre. D’où l’émergence de ces microentreprises qui utilisent pour se lancer une combinaison à risque limité : un mélange de fonds propres et de crowdfunding (financement participatif).

Deux plateformes Web se partagent l’essentiel du secteur du financement participatif. C’est Ulule en France et Kickstarter aux Etats-Unis. Pour des raisons administratives, le site américain est plus compliqué d’accès, mais il assure une plus grande visibilité; le site français est plus accessible... mais on y trouve tout et n’importe quoi.

Le principe est simple: le candidat éditeur présente son projet de jeu et annonce qu’il lui faudra autant d’argent pour le réaliser. Chaque souscripteur va participer à concurrence du nombre de jeux qu’il est prêt à acquérir. On ne parle pas de souscription, mais de "contrepartie". Si le montant minimum requis est atteint, l’éditeur réalise la production et livre ses souscripteurs.

A priori, tout le monde y gagne, y compris la plateforme qui prend sa commission au passage. Le souscripteur est certain d’obtenir le jeu parfois avec des bonus, des "goodies". Quant à l’éditeur, il se fait une petite marge: il vend en fait directement au prix public, alors que sa production est calculée au prix de revient. Il met donc dans sa poche les marges des distributeurs et des commerçants. Ce qui ne ravit pas forcément ces derniers... Or, cette marge sert à financer le reste de la production qui, elle, sera destinée à la distribution classique.

Cela dit, certains y ont laissé des plumes, car ils n’ont pas pris en compte tous les frais inhérents à l’édition: fiabilité du fabricant (souvent en Chine !), frais de stockage, frais d’envois, effets de change sur la devise... C’est pourquoi, une fois la première expérience passée, la plupart des éditeurs préfèrent soit travailler sur fonds propres, soit combiner le financemenrt participatif et le réinvestissement personnel.

Comme l’explique Eric Hanuise, fondateur de Flatlined Games. "L’édition du prochain jeu dépend toujours du succès remporté par le précédent." En clair, ne pas investir plus que ce qu’on peut perdre. C’est la règle du jeu.