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A partir de ce mois de janvier, des dizaines de milliers de personnes se verront supprimer leur allocation d’insertion. Depuis le 1er janvier 2012, ces allocations, que perçoivent ceux qui ont terminé leurs études mais n’ont pas encore suffisamment travaillé pour bénéficier d’une allocation de chômage "classique", sont en effet limitées à une durée de trois ans. Une décision prise par le gouvernement Di Rupo.

Au-delà de la guerre des chiffres sur le nombre réel de personnes touchées, se pose la question de l’insertion professionnelle de ces exclus du chômage. Pour justifier la mesure, l’ex-ministre de l’Emploi Monica De Coninck (SP.A), avait argué qu’ils seraient pris en charge par les Centres publics d’aide sociale (CPAS), mieux équipés pour leur fournir un job et les réinsérer.

Philippe Defeyt (Ecolo, photo), président du CPAS de Namur, n’en est pas convaincu. Dans une analyse qu’il adresse au gouvernement wallon, il fait part de ses inquiétudes quant à la capacité des CPAS à mener ces personnes à l’emploi et quant aux freins à l’embauche dont elles risquent d’être victimes.

Celui qui est aussi économiste spécialiste du marché du travail relève d’abord un paradoxe dans l’évolution des revenus de ces personnes, sanctionnées par l’Onem mais qui percevront souvent un revenu égal voire supérieur. Privées de l’allocation d’insertion de l’Onem, la plupart d’entre elles auront droit au revenu d’intégration sociale (RIS, ex-minimex) versé par le CPAS. Les chefs de ménage et les isolés percevront quasi le même montant (voir infographie). Les cohabitants, eux, toucheront soit 120 € de plus, soit 425 € de moins, selon leur situation financière. Les pièges à l’emploi (la faible incitation financière à travailler) seront tout aussi présents.

© IPM

La dèche des CPAS, l’intérêt des patrons

Mais M. Defeyt s’inquiète surtout pour l’insertion des exclus, surtout en Wallonie. Ils devront rester inscrits au Forem comme demandeurs d’emploi inoccupés (DEI) mais l’expérience a montré que, par manque de moyens, ce n’est pas à cette catégorie de DEI que le Forem consacre le plus grand investissement en formations et accompagnements.

Ils pourront par contre accéder à des dispositifs d’insertion auxquels ils n’avaient pas droit quand ils dépendaient de l’Onem. Il s’agit notamment du dispositif article 60, où le CPAS agit directement en tant qu’employeur. "Mais ici, pointe Philippe Defeyt, la désillusion risque d’être grande." Car depuis 2013, les CPAS ont fortement réduit la remise à l’emploi par ce biais, qui est aujourd’hui à son niveau le plus bas depuis 2010. En cause, les contraintes budgétaires des CPAS. Pour le dire crûment : "Il est plus facile de couper dans les articles 60 que de licencier du personnel ou fermer un service du CPAS".

Enfin, en passant de l’Onem au CPAS, ces personnes seront exclues de certaines aides à l’emploi. Les concernant, le plan Activa, par exemple, donnera encore droit à une réduction de cotisation patronale, mais plus à une diminution de la part du salaire versée par le patron. Qui préférera engager un chômeur à la place d’un minimexé.