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Le régulateur aérien américain, la FAA, n'a pas jugé nécessaire d'évaluer indépendamment la sécurité du système anti-décrochage MCAS du 737 MAX, préférant s'appuyer sur des conclusions de Boeing sur ce logiciel mis en cause dans deux tragédies impliquant cet avion, a indiqué mardi à l'AFP une source proche du dossier. Cette information fait partie des conclusions préliminaires d'un audit interne de l'agence fédérale de l'aviation (FAA) sur la certification du 737 MAX, dont l'inspection d'une partie des systèmes a été confiée à des ingénieurs de Boeing via une procédure mise en place il y a une dizaine d'années, baptisée ODA.

Une communication peu claire

Dans son édition de mardi, le Wall Street Journal affirme que durant la certification du 737 MAX, Boeing n'a pas clairement indiqué aux autorités qu'un dysfonctionnement du MCAS pourrait s'avérer désastreux.

Si l'avionneur l'avait fait, ceci aurait enclenché un examen beaucoup plus minutieux du logiciel, dont le dysfonctionnement est à l'origine de l'accident du 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines le 10 mars au sud-est d'Addis Abeba entraînant la mort de 157 personnes, selon des premières conclusions des enquêteurs.

C'est aussi un problème du MCAS qui aurait entraîné la tragédie d'un 737 MAX 8 de Lion Air le 29 octobre en Indonésie, ayant fait 189 morts.

La FAA a approuvé le 737 MAX début 2017 et celui-ci est entré en service en mai de la même année.

Pas de tromperie

L'audit interne de la FAA indique toutefois que Boeing n'avait pas pour intention de tromper le régulateur, a expliqué à l'AFP la source, ajoutant que la FAA avait elle-même déjà déterminé que le MCAS n'affectait pas la trajectoire de l'appareil.

Le régulateur avait également estimé qu'il n'y avait pas besoin d'inspection supplémentaire parce que les changements effectués par Boeing n'affectaient pas la façon dont le MCAS opérait en vol, notamment en cas de mouvements brusques ou jugés "problématiques", a indiqué la même source proche du dossier.

"Le MCAS n'a pas déclenché d'évaluation supplémentaire sur sa sécurité parce qu'il n'affectait pas la phase la plus critique en vol, considérée comme la vitesse de croisière", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la FAA. Contacté par l'AFP, Boeing n'a pas répondu dans l'immédiat. Ces informations tombent la veille d'une audition au Congrès américain de Daniel Elwell, le patron intérimaire de la FAA. Outre la FAA, le ministère des Transports mène également un audit sur le 737 MAX, tandis que le ministère de la Justice conduit, depuis novembre, une enquête pénale sur la conception de cet avion. Les compagnies aériennes American Airlines et Southwest, deux grosses clientes du 737 MAX, ont reçu en novembre des assignations leur demandant des informations après l'accident de Lion Air, ont indiqué mardi à l'AFP deux sources proches du dossier.