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La nouvelle a été annoncée mardi aux syndicats d'ArcelorMittal Liège : la Région wallonne et ArcelorMittal veulent lever la mise sous cocon, c'est-à-dire l'arrêt d'usines mais tout en les maintenant en état de relance, de plusieurs sites sidérurgiques des phases à chaud et à froid. Cette mise sous cocon d'une durée de cinq ans avait été actée en février 2014 lors de la signature de l'accord global mettant un terme à la procédure Renault ouverte après l'annonce de fermeture par ArcelorMittal de la phase à chaud liégeoise en octobre 2011 puis de sept usines de la phase à froid en janvier 2013.

Concrètement, cela signifie que les usines vont pouvoir être démantelées puis les terrains dépollués avant d'être requalifiés, probablement en zones d'activité économique. Sont concernés : trois usines à Tilleur, une à Ivoz-Ramet, deux à Marchin, le site de Chertal à Herstal et Oupeye, la cokerie et le haut-fourneau B (HFB) à Ougrée. Mais à une exception près. ArcelorMittal a en effet souhaité conserver le train à larges bandes (TLB) de Chertal qui pourra lui servir, tout comme à Liberty House, le probable repreneur d'autres sites liégeois, que Mittal doit revendre sur injonction de la Commission européenne. Le TLB devrait donc être relancé.

Quel avenir pour les sites à dépolluer ?

Les demandes de permis de démolition auraient déjà été introduits. Aucune date de début des travaux n'a encore été communiquée. Les travaux d'assainissement des terrains, pour la plupart fortement pollués aux métaux lourds, devraient prendre des années.

Plusieurs de ces sites mis sous cocon, dont Chertal et le HFB, ont été la proie des voleurs de cuivre depuis des années. Des voleurs ont par exemple dépouillé Chertal de dizaines de tonnes de câbles électriques. Le vol le plus spectaculaire reste celui commis au HFB. Les 252 staves (de lourdes plaques de cuivre servant au refroidissement et qui tapissent la cuve), d'un poids total de 500 tonnes ont disparu.

L'enjeu de la requalification des sites sidérurgiques fermés d'ArcelorMittal Liège est important pour la région. Ces terrains jouissent d'une excellente localisation, à proximité des voies d'eau, du rail et des routes. De quoi envisager l'installation d'entreprises, notamment de logistique puisque le Trilogiport, une plateforme multimodale voisine de Chertal, s'est dit intéressé par une extension et devrait donc se positionner comme repreneur d'au moins une partie du site.

Le ministre Jeholet pose ses conditions

Dans un communiqué, le ministre wallon de l'Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR) a confirmé l'information. "A partir du moment où il est acquis qu’ArcelorMittal ne relancera pas l’activité sur les différents sites, il est vrai que la mise sous cocon n’a plus de sens. J’ai donc marqué mon accord sur cette levée anticipée mais à deux conditions", indique-t-il.

"Premièrement, que celle-ci fasse l’objet d’une décision des trois parties de l’accord de février 2014 : ArcelorMittal - Région wallonne – syndicats. Cette décision a été actée ce 11 décembre 2018. Deuxièmement, qu’ArcelorMittal commence sans délai la réhabilitation de ces sites, notamment en lançant les différentes études de sols et en partageant l’ensemble des informations disponibles au sein de la Foncière Liégeoise, qui reste le garant des obligations réciproques d’ArcelorMittal et de la Région wallonne en matière de redéploiement des sites. Une levée anticipative des cocons n’a de sens qui si les cinq mois sont mis à profit pour accélérer le travail de réaffectation afin que les terrains deviennent à nouveau disponibles et adaptés à accueillir une nouvelle activité économique ou autre."

ArcelorMittal Liège souligne, par communiqué, que "les sites (à réhabiliter) seront gérés de manière conjointe par ArcelorMittal et les autorités qui veilleront à lancer de nouvelles initiatives au bénéfice de la région et de ses acteurs". "Avec cette décision, nous créons un cadre pour le développement futur des sites et nous pouvons commencer la déconstruction des usines inutilisées, ce qui permet d’envisager de nouvelles initiatives", déclare Wim Van Gerven, le CEO de la Division Nord d’ArcelorMittal.

Préservation du HFB ?

Dans le dossier du démantèlement, il restera à trancher formellement la question de l'éventuelle préservation du HFB qui est situé en face du stade du Standard, de l'autre côté de la Meuse. Lors de la réunion de mardi, les représentants de la FGTB et de la CSC ont demandé à ce qu'il ne soit pas démoli, comme l'avait été le haut-fourneau 6 de Seraing en décembre 2016. "C'est au nom de la préservation du dernier vestige de la phase à chaud liégeoise, de la mémoire de notre patrimoine industriel", signale Jordan Atanasov, le responsable de la CSC Metea de Liège.

Problème : la Wallonie avait fait savoir il y a plusieurs mois qu'elle ne souhaitait préserver qu'un seul haut-fourneau wallon. En juillet, le ministre wallon du Patrimoine, René Collin (CDH), avait confirmé la possibilité de financer le projet de conservation et de valorisation du HF4 de Marcinelle pour un montant maximum de 4 millions d’euros. La demande liégeoise arrive donc un peu tard. L'actuel gouvernement pourrait toutefois ne pas se prononcer sur le sort du HFB avant les élections régionales de mai.