Entreprise

Je suis fière de ce qu’on a réalisé avec l’équipe de Fairtrade Belgium" , résume Lily Deforce, CEO de Fairtrade Belgium (ex-Max Havelaar Belgique). Fière des résultats de l’année 2015 qui sont publiés ce mardi, mais surtout fière du chemin parcouru depuis plus de huit ans à la tête de l’ONG qui vise à apposer son label sur des produits issus du commerce équitable. En effet, c’est également aujourd’hui que Lily Deforce annonce son départ de l’organisation. Elle va céder la barre en juin prochain à un successeur issu du monde de l’entreprise. Son nom n’est pas encore divulgué.

En attendant, l’heure du bilan a sonné pour Lily Deforce qui a débarqué chez Max Havelaar en janvier 2008. Avec la crise qui débutait. Et pourtant… En huit ans, les chiffres ont bien progressé. Ainsi, en 2007, 24 % des ménages belges achetaient des produits équitables. L’an dernier, le taux de pénétration s’est élevé à 53 %, en hausse de 2,7 % par rapport à 2014. Il faut dire que, dans le même temps, le nombre de détenteurs de la licence (comme Delhaize ou Café Liégeois par exemple) a grimpé de 39 à 95. "Aldi vend des bananes labellisées Fairtrade depuis deux mois , indique Lily Deforce . Aujourd’hui, les bananes et le café se retrouvent dans les rayons de toute la grande distribution." Sachant que la banane est le produit labellisé Fairtrade le plus vendu en Belgique.

Deux fois plus de bananes

Quant au chiffre d’affaires global issu de la vente des produits Fairtrade, il est passé de 52 millions en 2007 à 115 millions (pour près de 15 000 t de produits vendus), en progression de plus de 10 % par rapport à 2014. Lily Deforce explique cette augmentation notamment par le fait que de nouveaux produits, plus chers, apparaissent sur le marché, comme les capsules de café. La patronne souligne que si le chiffre d’affaires a doublé en huit ans, le nombre de collaborateurs, lui, est resté à 14.

Enfin, le volume des bananes vendues a doublé en huit ans, pour atteindre 8 000 t. Celui du sucre a triplé, le cacao a enregistré une croissance de 68 % (438 t) et le café, de 41 % (829).

Certes, les parts de marché des produits équitables sont beaucoup plus élevées au Royaume-Uni, en Suisse ou en Suède, mais "on est vraiment prêt pour la croissance en Belgique et avec le nouveau modèle qui permet de travailler avec des ingrédients équitables tout autant qu’avec le produit complet, on pourrait, dans les cinq ans qui viennent, voir des marques verser à 100 % dans l’équitable" .

"Le durable, tendance de fond"

De façon plus générale, la patronne est "très optimiste" en voyant que "l’intérêt pour le durable est en croissance, certainement au niveau de la nourriture. C’est une tendance de fond, qui touche aussi les jeunes" . En outre, elle se réjouit de l’existence du cadre des Sustainable Development Goals (SDG), les Objectifs de développement durable des Nations unies pour 2015-2030. Au nombre de 17, dont le non à la pauvreté et à la faim dans le monde; mais aussi un travail décent en même temps qu’une croissance économique; la réduction des inégalités; des consommation et production responsables ou la promotion de partenariats pour atteindre ces objectifs. "C’est le cadre dans lequel nous travaillons depuis des années , s’enthousiasme-t-elle . C’est la première fois qu’un cadre international cible les mêmes indicateurs. C’est une confirmation pour nous. Et on voit que les entreprises sont à la recherche de partenaires pour réaliser des objectifs ensemble et quantifier leur contribution. Fairtrade représente un modèle d’action très concret."

Où va travailler Lily Deforce après Fairtrade Belgium ? Elle ne le sait pas encore. Le parcours de cette ingénieure agronome de formation, titulaire d’un doctorat en biologie moléculaire effectué aux Etats-Unis et au Japon, l’a menée d’une multinationale (Procter & Gamble), à une ONG (Vredeseilanden, organisation sœur des Iles de Paix), une PME (une entreprise de semences quelle dirigea pendant un an) et à Fairtrade Belgium, "une ONG qui fait le pont entre les entreprises, grandes et petites" . Va-t-elle rester dans le domaine des ONG ou revenir au monde de l’entreprise, elle doit encore le décider. Une chose est sûre : "Mon prochain pas sera dans le durable."