Entreprise

ENTRETIEN

C'est officiel ce mardi: Suez détient 97,16 pc des actions Electrabel au terme de l'OPA qui s'est achevée jeudi dernier et qui sera rouverte. Interview (NdlR: qui a fait l'objet d'une relecture) du patron du groupe français Gérard Mestrallet.

Comment expliquez-vous le succès de l'opération Electrabel?

Le débat a été ouvert. Il y a eu beaucoup de transparence, de discussions entre les «pour» et les «contre». Sur le prix, il y a quelques voix pour dire que ce n'était pas assez élevé. Ce n'était pas l'opinion du marché qui a largement répondu à l'offre.

On ne peut pas dire que le gouvernement vous a mis des bâtons dans les roues...

Ce n'était pas son objectif.

Cela se discute quand on voit le débat en France sur le patriotisme économique...

Je ne porte pas de jugement sur le patriotisme économique. Je constate seulement que la France a sorti un décret qui reprend des secteurs stratégiques où l'Etat pourrait avoir son mot à dire. L'énergie ne s'y retrouve pas.

La situation n'est-elle pas différente en Belgique qui a beaucoup moins de groupes belges stratégiquement importants?

Pour Electrabel, c'est en 1988 que les choses se sont faites, quand Suez, à la demande de la Belgique, a pris le contrôle de la Générale. Depuis, le groupe Suez a rendu à la Belgique toute une série d'entreprises: Union Minière, Recticel, Fortis, Générale de Banque,... Ces dix dernières années, il s'est concentré progressivement sur l'énergie et l'environnement.

Votre travail est-il donc fini?

Ce n'est jamais fini. Le groupe marque évidemment une étape importante, même si, il y a environ deux ans, il a acquis la majorité d'Electrabel.

Vous êtes donc satisfait des discussions avec le gouvernement.

J'ai trouvé que le gouvernement a agi de manière extrêmement professionnelle. Il savait ce qu'il voulait et il l'a obtenu.

C'est-à-dire?

Le groupe Electrabel va céder la minorité de blocage dans Elia, réduire sa participation dans les intercommunales de distribution, vendre des sites de production non utilisés, etc.

Je constate que tous nos concurrents comme EDF, GDF, RWE et EON ont tous gardé 100pc de leurs activités de transport et de distribution. Notre champ d'action sera beaucoup plus réduit que celui de nos grands concurrents dans les pays voisins. Les Allemands utilisent le contrôle sur les activités de réseau pour réduire la pénétration de leur marché.

Au niveau de la production, a-t-on obligé EDF, RWE ou EON à vendre des sites à des tiers? Non. Il est faux de dire que le gouvernement a été trop gentil avec nous.

Que valent les promesses faites aujourd'hui par Suez quand on voit notamment ce qui s'est passé avec Générale de Belgique, qui n'existe plus aujourd'hui?

Les engagements pris par Suez ont été tenus et vérifiés par le ministre des Finances Didier Reynders comme il l'a dit publiquement.

© La Libre Belgique 2005