Entreprise

Les pleins pouvoirs. C’est ce que demande Pascal Leurquin pour mener à bien ses missions. "C’est important car je dois pouvoir imposer des changements qui sont difficiles sur le plan émotionnel. Le management de l’entreprise connaît son personnel. C’est plus difficile pour lui de prendre certaines mesures. Moi, je sais objectivement ce qui est bon pour l’entreprise. Et je l’applique. Il faut aussi pouvoir décider rapidement. La notion de temps est essentielle", explique celui qui est depuis presque un an CEO de l’entreprise de services informatiques Systemat.

C’est au Canada qu’est né Pascal Leurquin il y a 55 ans. "Mes parents sont partis là-bas en 1959, le lendemain de leur mariage. Sans rien. Pour trouver du boulot. C’était une immigration dure. Puis, quand j’ai eu 8 ans, mon père a eu une proposition pour rentrer en Belgique." Après des études au collège Saint-Stanislas à Bruxelles, Pascal Leurquin part aux Etats-Unis. "Pour une seconde rétho. Je n’ai pas fait grand-chose… Mais je crois que c’est cela qui m’a permis de bien réussir ma première année d’université à Solvay. Mon cerveau était heureux de retravailler…"

Son diplôme en poche, il est engagé chez Coopers (PwC aujourd’hui). Deux ans plus tard, il part pour le consultant en coopération au Zaïre. Mais le pays ne lui plaît pas vraiment. "Ce qui me tentait, c’était plutôt le Brésil. J’ai alors écrit à toutes les boîtes belges présentes là." Il décroche un poste chez Solvay et passe 5 ans au Brésil, notamment dans une filiale du groupe belge. "Il fallait y réduire les coûts. Je crois que je suis prédisposé à ce genre d’attitude : essayer de faire mieux pour moins cher."

En 1992 - "juste pour les JO de Barcelone" -, Pascal Leurquin part, pour Solvay toujours, en Espagne. "C’est un des patrons brésiliens mutés dans ce pays qui m’a proposé de venir l’aider pour réorganiser des usines."

Après 4 ans, il est rappelé en Belgique. "Pour progresser dans la société, il faut passer par l’administration centrale à Ixelles… Le nom m’effrayait déjà…", raconte Pascale Leurquin, qui décide alors de démissionner. "Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais je trouvais important d’avoir du plaisir dans le travail." Il retourne chez Coopers, comme consultant dans la branche Business Improvment. "Cela m’a permis de mettre des concepts sur des choses que j’avais faites de façon intuitive." Parmi ses clients : Casterman. "J’ai fini par intégrer l’entreprise, comme directeur financier et administratif. J’avais accès à tout pour réorganiser l’entreprise. J’y suis resté 3 ans. La famille Casterman a alors cédé l’édition à Flammarion et n’a gardé que l’imprimerie. J’ai repris les activités de logistique et de marketing direct en créant ma société, Evadix."

En 2003, l’imprimerie tombe en faillite. "La Région wallonne est venue me voir pour me demander de reprendre l’activité. Ce que j’ai fait, en l’intégrant à Evadix." Mais s’il réussit à redynamiser l’imprimerie dans un premier temps, la crise de 2008-2009 aura raison de ce métier devenu très difficile. "Nous sommes actuellement en procédure de réorganisation judiciaire." Situation difficile aussi pour le marketing direct. "Nous mettions notamment sous film des catalogues de vente par correspondance. Or, beaucoup d’acteurs dans ce secteur ont fait faillite. Il faut accepter que des métiers disparaissent et d’autres naissent. Il faut arrêter de perdre de l’argent dans ce qui n’est pas rentable."

Fort de son expérience, Pascal Leurquin commence à réaliser des missions sous son propre nom. Au Pass à Mons notamment et puis pour le spécialiste de la vente privée Caméléon. "La société avait perdu 15 millions d’euros en 3 ans. Elle était présente physiquement et sur le Net, sous une même société. Or, ce sont des métiers différents. Il fallait les séparer. Si le fonds de commerce est de qualité, on peut transformer en 6 mois une société qui perd de l’argent en société rentable. Ce fut le cas avec Caméléon", précise celui que ne se considère pas comme un intérim manager. "Mes missions vont au-delà de l’intérim management."

Depuis novembre 2015, Pascal Leurquin a repris les commandes de Systemat, comme CEO, avec une mission claire : ramener l’entreprise à l’équilibre et la refinancer. "Il fallait voir comment font les acteurs du secteur qui sont rentables et prendre les décisions pour se mettre dans les mêmes conditions." Il y a un an, Systemat, c’était 5 sociétés. Aujourd’hui, 18. "Chaque société est un métier, ce qui permet de développer des partenariats, faire des acquisitions - on vient d’en finaliser une en septembre -, attirer les banquiers qui croient en ce métier,…", note Pascal Leurquin, qui continue à travailler avec le management en place. "Je reste tant que j’apporte une valeur ajoutée, qu’il y a des challenges. Eventuellement, en diminuant mon temps de présence. Je ne reste pas juste pour rester…", conclut celui qui a déjà des demandes pour d’autres missions.