Entreprise

Six années dans le rouge, un conflit quasi permanent entre direction, syndicats et pilotes, un manque de compétitivité qui s’accroît… la compagnie Air France est au bord de l’implosion. Au sein du gouvernement français, encore actionnaire à hauteur de 16 % de la compagnie aérienne, on évoque déjà le scénario du pire. "Il y a un risque de disparition du pavillon français", a ainsi expliqué le député socialiste Bruno Le Roux. Mais que se passe-il chez Air France ?

1. Echec des négociations et licenciements en vue. Brandi comme une menace par la direction, le plan B de la restructuration de la compagnie va entrer en action suite à l’échec des négociations avec les syndicats. Près de 3 000 emplois sont ainsi menacés dans les deux prochaines années. La compagnie va aussi revoir sa voilure à la baisse en diminuant ses vols long-courriers. Les syndicats, qui craignent de 5 000 à 8 000 licenciements au total, appellent à faire grève ce lundi.

2. Une concurrence à tous les étages. C’est le paradoxe du secteur en Europe, alors que les passagers aériens n’ont jamais été aussi nombreux sur le Vieux Continent, les compagnies "traditionnelles" battent de l’aile. Il faut dire qu’en quelques années, les transporteurs aériens ont vu arriver une concurrence venue de tous côtés. En France, l’arrivée du TGV a quasiment tué les lignes régionales, avant que les compagnies low cost, telles que Ryanair ou Easyjet, ne mettent la mainmise sur le moyen-courrier. La troisième salve est en cours. Elle provient des compagnies du Golfe qui rongent "la dernière poche de profit" des opérateurs historiques, à savoir les vols long-courriers. "Emirates a par exemple un coût unitaire (coût par heure de vol ramené au siège) de 20 à 25 % inférieur à Air France", explique le spécialiste Stéphane Albernhe, du cabinet Archery Strategy Consulting à nos confrères d’Europe 1.

3. Des pilotes en ligne de mire. Selon différents spécialistes, le manque de compétitivité d’Air France ne vient pas seulement des coûts salariaux élevés français. Il y a surtout un problème de productivité. "Pour des raisons historiques, les pilotes d’Air France volent moins que les autres pilotes", poursuit M. Albernhe. Sur les vols moyen-courriers, un pilote d’Air France vole ainsi 585 heures par an contre 700 pour la moyenne européenne. Certaines compagnies low cost se rapprochent même des 900 heures, limite imposée en Europe. A une époque intouchables, les pilotes sont désormais dans la ligne de mire de la direction qui estime que le personnel au sol a assez contribué aux efforts de restructuration. Pour la première fois, des commandants de bord pourraient être licenciés. Et certains syndicats sont sur la même longueur d’onde que la direction sur ce point-là. "Le corps des pilotes c’est une coterie (NdlR : une caste) qui protège ses privilèges et qui est en train de faire disparaître une entreprise", a dénoncé le délégué syndical Ronald Noirot dans les médias français.

4. KLM va-t-il se détacher d’Air France ? Depuis 2004, Air France a lié son sort à la compagnie néerlandaise KLM. Le mariage, de raison, est-il en train de virer au fiasco ? Il nous est déjà souvent revenu côté néerlandais qu’Air France devenait un "boulet" à traîner pour KLM. Les Néerlandais estiment ainsi qu’ils ont fait les efforts nécessaires pour remettre leurs compagnies dans le vert, là où les Français seraient plus réticents aux réformes. "Il y a surtout une culture managériale qui est aux antipodes", constate une source néerlandaise.

5. Air France va-t-elle faire faillite ? Même si on en est encore loin, le scénario n’est plus tabou. Rien ne protège une compagnie "nationale" de la faillite. En Belgique, on l’a vu avec la Sabena ; la Suisse a vu disparaître Swissair et, plus récemment, la compagnie "nationale" hongroise Malév a mis les clés sous le paillasson. Paradoxalement, la baisse spectaculaire des prix du pétrole devrait donner une bouffée d’oxygène à Air France dans les prochains mois. "Mais si la compagnie ne change rien structurellement, elle ne pourra pas continuer", estime un expert.

6. Le salut viendra-t-il du Golfe ? Les compagnies du Golfe sont en embuscade : elles rachètent ce qu’elles peuvent en Europe. Etihad est ainsi entré dans l’actionnariat d’Alitalia et d’Air Berlin, Qatar Airways dans celui du groupe IAG (British Airways-Iberia). "A un moment donné, Air France n’aura peut-être plus le choix, il lui faudra se tourner vers un partenaire qui se porte bien", fait savoir une source.