Entreprise

Si ce n’est un "black-out" de quelques minutes, plongeant direction et médias dans l’obscurité la plus complète, et un arrêt de la cour d’appel de Bruxelles défavorable (lire ci-dessous), tout va plutôt bien du côté de chez Proximus. La première année sous la direction de Dominique Leroy - elle a été nommée administratrice déléguée en janvier 2014 - a été un bon cru. "L’accent mis sur l’amélioration de l’expérience client et le regroupement de tous les produits et services sous la marque Proximus ont entraîné d’excellents résultats opérationnels en 2014", s’est félicitée la CEO du groupe.

Les indicateurs convergent, de fait, vers une situation de redressement des activités commerciales de l’opérateur de télécoms. Les résultats financiers, conformes aux prévisions, sont solides. L’entreprise gagne des clients sur tous les fronts (Internet, téléphonie, TV). Le plan "Fit-for-Growth", destiné à renouer avec une croissance des revenus dès 2016, suit son cours. Quant aux actionnaires, dont l’Etat belge (qui détient encore 53,5 % du capital de Proximus), ils peuvent être rassurés : ils auront droit à un dividende brut d’1,50 euro par action sur le résultat de 2014. Et il en sera de même en 2015 et 2016.

Gains de parts de marché

Sur le front financier, la S.A. Belgacom a clôturé 2014 avec des revenus sous-jacents en baisse de 1,6 %, à 5,864 milliards d’euros, par rapport à 2013. L’Ebitda - à savoir le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement - sous-jacent s’est établi à 1,653 milliard d’euros, en baisse de 2,5 % par rapport à 2013. Mais, compte tenu du bénéfice net lié à la vente de sociétés et de bâtiments, l’Ebitda du groupe se chiffre à 1,755 milliard d’euros, en hausse de 3,3 %. Au final, le bénéfice net s’élève à 654 millions d’euros, en progression de 3,8 % par rapport à l’année précédente.

Mais ce qui fait surtout, et avant tout, la fierté de Dominique Leroy, c’est le gain de clients et de parts de marché de Proximus sur les différents terrains où l’opérateur est présent. Ainsi, la base totale de clients mobiles a atteint 5 677 000 clients (soit 389 000 de plus en cartes postpaid et une diminution de 196 000 cartes prepaid). Les clients de Proximus TV ont augmenté de 128 000 unités pour atteindre 1 593 000 clients (+8,7 %). L’Internet fixe (1,74 million de clients, +3,8 %) et le nombre de ménages en "4-Play" (+14,3 %) ont aussi bien progressé en 2014."Notre base de clients a particulièrement progressé au quatrième trimestre de l’année, grâce au succès de la campagne de fin d’année lancée sous la nouvelle marque Proximus. Ces résultats nous ont ainsi permis de clôturer l’année avec une part de marché en hausse dans le domaine des activités mobiles, de la TV digitale et de l’Internet fixe", a insisté Dominique Leroy.

Objectif 2016

Et maintenant ? Tout semble en place pour que 2015 et 2016 soient en ligne avec le plan triennal "Fit-for-Growth". "En effet, toutes les conditions sont réunies pour que nous réalisions, en 2016, notre objectif de croissance sur le plan des revenus et de l’Ebitda sous-jacents" , confirme Mme Leroy.

L’année 2015, que Dominique Leroy qualifie de"charnière", pourrait déjà réserver une belle surprise. "Dans les conditions de marché actuelles", Proximus prévoit en effet de terminer 2015 avec des revenus de base sous-jacents et un Ebitda sous-jacent"stables à légèrement positifs" par rapport à 2014. Proximus poursuivra sa stratégie combinant à la fois réduction des charges opérationnelles et investissements massifs (de l’ordre de 1 milliard d’euros !).


Base et Mobistar gagnent une manche, mais pas encore la "guerre" des tarifs

Alors que Proximus se félicitait de résultats solides pour l’exercice 2014, deux de ses concurrents - Base et Mobistar - ont quelque peu cassé l’ambiance en communiquant à la presse la teneur d’un arrêt, rendu la veille, par la cour d’appel de Bruxelles dans un litige qui les oppose depuis plusieurs années.

L’affaire oppose les trois opérateurs de téléphonie mobile concernant les tarifs de terminaison appliqués par Belgacom entre 1999 et 2004. Ces tarifs sont ceux appliqués mutuellement par les opérateurs lors du traitement d’appels sur leurs réseaux respectifs. Selon Base et Mobistar, Belgacom aurait abusé de sa position dominante en pratiquant des tarifs très bas pour les appels entre ses propres clients.

En mai 2007, le tribunal de commerce de Bruxelles avait confirmé la position dominante de Belgacom sur le marché de la téléphonie mobile. Le tribunal avait aussi confirmé de possibles abus de cette position. Deux experts avaient été désignés pour étudier l’existence d’abus et estimer les dommages causés aux concurrents de Belgacom. Dans un rapport provisoire, les dommages avaient été estimés à 1,84 milliard d’euros, mais Belgacom avait estimé que les experts n’avaient pas ou trop peu tenu compte de ses remarques. De nouveaux experts avaient été désignés en 2014. Mais leur expertise avait été mise en suspens dans l’attente de la décision de la cour d’appel de Bruxelles.

L’arrêt rendu ce 26 février par la cour d’appel a décidé de modifier la mission d’expertise en étendant le nombre d’abus à apprécier (on passe de deux à quatre griefs). Le rapport final est prévu pour fin mars 2016. La cour d’appel a reporté l’évaluation du préjudice le cas échéant subi à un deuxième stade.

Vendredi, Dominique Leroy, CEO de Belgacom, a convenu que l’arrêt "n’allait pas dans le bon sens". Mais le groupe persiste et signe en soutenant que qu’il n’y a pas eu d’abus de position dominante de la part de Belgacom. Pour l’heure, l’entreprise n’a en tout cas rien provisionné pour faire face à une éventuelle condamnation.