Entreprise

Le coupable ne fait aucun doute, selon l’opposition : la responsabilité de la vague de licenciements annoncée chez Proximus incombe au gouvernement fédéral. Jeudi, en séance plénière de la Chambre, la députée Karine Lalieux (PS) a dénoncé “le désengagement de l’État dans les entreprises publiques” et “la passion” de l’équipe Michel “pour la concurrence et le marché privé”. Elle pointe, entre autres, l’ouverture du marché des télécoms à un quatrième opérateur mobile et la modification du statut des travailleurs des entreprises publiques. Mercredi, le Premier ministre Charles Michel (MR) demandait à Dominique Leroy, la patronne de Proximus, de revoir sa copie. Mais quand “vous grondez, Monsieur le Premier ministre, vous n’êtes pas crédible”, a attaqué l’élue socialiste.

“La vérité, c’est que l’obsession du ministre De Croo (Open VLD) de vouloir introduire un quatrième opérateur a conduit à une menace directe sur l’emploi”, a renchéri Olivier Maingain (Défi), se référant à une communication d’Agoria, la fédération des entreprises technologiques. Pour Philippe De Backer (Open VLD), le nouveau ministre de tutelle sur Proximus, l’ouverture du marché n’a eu “aucun impact”. “Sans quatrième opérateur, ce plan aurait quand même été implémenté”, a-t-il dit, jeudi, à la Chambre. Et selon lui, “le plan de transformation est nécessaire” pour préparer l’entreprise à ses défis futurs.

L’information n’est remontée que mardi matin

Mercredi, le Premier ministre faisait aussi savoir qu’il n’avait pas été informé préalablement du plan présenté mardi au conseil d’administration (CA) de Proximus. “Mais comment est-ce possible”, s’est agacé Gilles Vanden Burre (Écolo), alors que l’État est représenté au sein du CA, notamment par son président, Stefaan De Clerck, ancien ministre CD&V. “À quoi ont servi les administrateurs ?” Mais Charles Michel a confirmé sa version.

“J’ai pris connaissance mardi de l’intention du management de Proximus de venir présenter en conseil d’administration l’après-midi un plan de transformation contenant un volet social”, a-t-il précisé à la Chambre, jeudi. “Le conseil d’administration en a pris acte et a donné un mandat [à la direction] pour l’ouverture de consultations” avec les syndicats. “Pas pour négocier” un plan de licenciement collectif. Charles Michel a insisté sur les mots qu’il a utilisés. Son intention était de signifier que ni le CA, ni le gouvernement n’ont validé un quelconque plan social. “Proximus doit garantir un dialogue social maximal.” Et d’assurer que “le gouvernement s’oppose à tout licenciement sec. Des pistes alternatives doivent être étudiées.”

“Les incantations ne suffisent pas, il faut des gages”, a répliqué Karine Lalieux. “Il y aura de la casse sociale si vous continuez votre projet idéologique de la concurrence à tout prix.”

Très offensifs, les socialistes s’en sont aussi pris à Kris Peeters (CD&V). Le député Laurent Devin a dénoncé les mesures prises par le ministre de l’Emploi qui ont “compliqué l’accès aux prépensions. Les licenciements secs sont de plus en plus à craindre.” Enfin, pour Anne-Catherine Goffinet (CDH), le gouvernement veut tout et son contraire. “On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière”. À savoir, selon elle, la transformation digitale de Proximus, le maintien du volume de l’emploi dans l’entreprise et le maintien des dividendes que l’État perçoit en tant qu’actionnaire majoritaire.