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À PARIS

Gérard Mestrallet, le patron de Suez, n'a pas perdu son calme jeudi, quand après la présentation de résultats annuels, il fut assailli de questions sur la fusion entre Suez et Gaz de France (GDF). Il s'agit, a-t-il insisté, d'un «projet rêvé» qui n'a pas été inventé en deux jours et «qui n'est dirigé contre personne». «Nous avions intensifié nos discussions au cours des tout derniers mois. Nous avions pratiquement achevé nos travaux», explique Gérard Mestrallet.

Pas de «renationalisation»

Mais est-il normal que ce soit le Premier ministre français, Dominique de Villepin, qui annonce une fusion entre deux sociétés privées? C'est logique puisque ce projet «se heurte à la loi» qui fixe à 70pc la participation minimum de l'Etat français dans GDF. Il fallait donc que le gouvernement annonce «sa volonté de changer la loi».

Pour les actionnaires de Suez, cette opération ne s'apparente-t-elle pas à une «renationalisation»? «Le nouveau groupe sera une société privée dans laquelle l'Etat français aura 34pc», réplique Gérard Mestrallet. Et de rappeler la «rapidité de l'histoire». Il y a quelques mois à peine, GDF était à 100pc dans les mains de l'Etat. «Nous pouvons vivre avec un Etat actionnaire à 34pc. L'intérêt général a rejoint l'intérêt particulier.»

Pour ce qui est des modalités de la fusion (une action Suez pour une GDF) que certains analystes jugent défavorables aux actionnaires de Suez, il n'est pas question de les revoir. «Les conseils d'administration viennent de les décider. Il n'est pas du tout envisagé de les réajuster.»

Le CFO (Chief Financial Officer) de Suez, Gérard Lamarche, a expliqué que la parité offerte représentait une prime de 8pc pour les actionnaires de Suez en tenant compte de la moyenne des cours des six derniers mois. Mais la tendance s'est récemment inversée. Car l'action Suez a fortement monté au cours des dernières semaines alors que le titre GDF a pâti des négociations sur les tarifs du gaz. «Nous avons payé cette opération avec une monnaie forte», a expliqué Gérard Lamarche. De plus les conditions de l'opération ont fait l'objet d'une «fairness opinion» de la part de deux banques «indépendantes» (BNP et J.P. Morgan).

La politique de dividende du futur groupe sera «dynamique et compétitive», a précisé Gérard Lamarche. Avec des possibilités de rachats d'actions et de dividendes exceptionnels.

Un «mariage naturel»

Et si une offre était déposée par l'italien Enel, que se passerait-il? «Elle serait examinée par le conseil de Suez», affirme Mestrallet. Tout en rappelant que Suez-GDF constitue le «mariage le plus naturel qui soit où des électriciens veulent devenir des gaziers et des gaziers des électriciens». Que ce soit clair: «Electrabel n'est pas à vendre.»

Sur l'impact que cette fusion pourrait avoir en Belgique (cession de certains actifs) en raison des problèmes de concurrence, le patron français s'est montré très prudent. Il n'a pas voulu lever le voile sur ce qu'il comptait dire à Guy Verhofstadt lors de sa rencontre de jeudi soir (lire par ailleurs). Mais il veut relativiser l'enjeu de cette question. «Electrabel représente 20000 personnes, le reste du groupe 120000.»

© La Libre Belgique 2006