Entreprise

PIERRE GUISSET

Directeur du CETIC

Croyons en nos chances et en nos capacités.

Récemment, dans les colonnes de la Libre Belgique, trois professeurs de l'Institut d'Informatique de l'Université de Namur ont demandé: «Mais où sont passés les TIC?» (1). Basant leur réflexion sur l'absence quasi-totale des technologies de l'information et de la communication (TIC) du Plan Marshall pour la Wallonie, de l'importance stratégique des TIC pour le soutien à l'innovation et au développement économique, ils parlent d'un secteur mal défendu et mal compris.

Et pourtant, concluent-ils, la Wallonie dispose de compétences remarquables, à travers ses entreprises, le plus souvent des PME voire des TPE (très petites entreprises) qui font preuve de dynamisme, de créativité, d'inventivité, mais qui sont souvent trop petites pour capter l'attention des médias ou des décideurs; à travers ses laboratoires universitaires et centres de recherche, actifs en soutien des processus d'innovation.

Tout le monde le constate: l'informatique est un secteur où les (r) évolutions technologiques sont ultra-rapides, aboutissant à l'omniprésence des systèmes informatiques, de plus en plus distribués, mobiles, interconnectés, interdépendants. Aujourd'hui, le fonctionnement de la plupart des processus dans notre société dépend de systèmes informatiques. Mais tout le monde constate également que les besoins fondamentaux de qualité, de sécurité, de fiabilité, de convivialité, d'accessibilité pour tous sont loin d'être rencontrés à un niveau satisfaisant. A quand une informatique réellement au service de tous?

90 pc des entreprises wallonnes comptent moins de 10 personnes. De par leur taille et leur capacité d'investissement, elles sont très souvent exclues du processus d'innovation technologique. Dans le secteur des TIC par contre, en raison du caractère immatériel des innovations et du faible niveau d'investissement nécessaire, il est courant que de petites organisations non seulement participent, mais soient moteur du processus d'innovation. Les cartes peuvent donc être redistribuées plus souvent.

C'est donc là que se trouvent les gisements d'opportunités formidables pour nos entreprises : dans le développement de nouveaux services intégrés, dans l'informatique distribuée, communicante, dans l'intelligence intégrée des systèmes, prenant également en compte ce phénomène unique dans l'histoire des technologies que constitue le logiciel libre. Les grandes entreprises européennes des TIC le disent clairement, à travers l'agenda de recherche des plateformes technologiques qu'elles ont constituées, telles que Nessi (2) et Artemis (3).

C'est dans ce cadre que se situe l'action du CETIC, le Centre d'excellence en technologies de l'information et de la communication, créé en 2001 à l'initiative des universités de Louvain (UCL), de Mons (FPMs) et de Namur (FUNDP). Acteur de la recherche appliquée, pré-compétitive dans les TIC, en soutien du transfert de technologie et du développement des entreprises, le CETIC développe son expertise dans ces domaines-clés de l'informatique d'aujourd'hui et de demain : la qualité des services et produits logiciels, l'adéquation des systèmes aux besoins des utilisateurs, leur certification, les technologies d'exploitation avancées du web, les systèmes distribués, mobiles, communicants.

Cette semaine, le CETIC a lancé deux nouveaux projets de recherche, financés par l'UE, dans le 6e programme-cadre de R&D. Ces projets ont l'ambition d'apporter des avancées déterminantes au niveau de la sécurité des systèmes répartis (4) et de la qualité des logiciels open source (5). Grâce à une approche volontariste, avec le soutien des équipes universitaires qui lui ont mis le pied à l'étrier, malgré un cadre institutionnel compliqué et des mécanismes de financement souvent défavorables, le CETIC s'est forgé une place en vue dans l'Espace européen de la recherche. Nous devons développer la fierté de ce que nous réalisons, au risque de choquer notre trop excès de modestie. Croyons en nos chances et en nos capacités. Encourageons l'esprit «Can Do». Le seul moyen de réussir, c'est d'essayer en croyant en ses chances.

(1) LLB du 27 mars 2006; (2) www.nessi-europe.com; (3) www.artemis-office.org; (4) www.gridtrust.eu; (5) www.qualoss.eu

© La Libre Belgique 2006