Entreprise

Ils sont cinq et ont comme points communs d’être francophones et de fins observateurs de la vie économique de notre pays. Ils, ce sont Micael Castanheira, maître de Recherche auprès du FNRS et professeur d’économie à l’ULB, Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Business School et à l’UCL, Etienne de Callataÿ, économiste à la Banque Degroof, Alexandre de Streel, professeur à l’Université de Namur et Pierre Pestieau, professeur à l’ULg. A l’initiative de notre consœur Isabelle de Laminne, ces économistes de premier plan ont été réunis, l’espace de deux week-ends en octobre et en décembre de l’année dernière, pour réfléchir à l’avenir économique de notre pays.

Dossiers chauds

Fiscalité directe et indirecte, compétitivité, financement des pensions, tous les dossiers chauds du prochain gouvernement ont été abordés par ces professionnels. Avec l’objectif, l’ambition de formuler un certain nombre de pistes et de recommandations communes sur des sujets aussi sensibles que l’indexation automatique des salaires, la globalisation des revenus sur le plan fiscal, le maintien ou non du système des intérêts notionnels ou l’âge du départ à la retraite. Ce sont ces réflexions que "La Libre" publie à partir de ce samedi.

Un tel consensus d’un panel d’économistes, dont l’expertise n’est plus à démontrer, est une première en Belgique. Qui prend tout son sens à quelques mois d’une nouvelle échéance électorale, fédérale et régionale, que d’aucuns jugent à nouveau cruciale pour l’avenir du pays. Car si la Belgique a mieux résisté que d’autres économies européennes à la crise qui a démarré en 2008, pourra-t-elle rebondir le moment venu à l’heure d’une reprise digne de ce nom ? Certains en doutent, mettant en avant le besoin de réformes structurelles de grande ampleur. "L’idée était d’aller au-delà des avis éparpillés que livrent régulièrement des économistes à l’occasion de conférences de presse par exemple et de trouver un terrain de consensus entre eux, au-delà de leurs différences de sensibilité politique, de personnalités, d’âges ou de parcours professionnels. Avec l’idée que s’il est possible de trouver un consensus entre ces économistes pour réformer le pays sur le plan socio-économique, il ne devrait pas être impossible d’en trouver un au niveau politique. Au final, ils ont tous reconnu avoir appris les uns des autres", confirme Isabelle de Laminne, initiatrice de la démarche. L’idée remonte en réalité au début de l’année 2013. La journaliste contacte alors une douzaine d’économistes francophones. Certains montrent un intérêt mais d’autres déclinent l’invitation par manque de temps ou parce qu’ils ne souhaitent pas souscrire à un document commun sur lequel ils ne seraient peut-être pas totalement en phase. Mais la persévérance finit par payer : après l’accord d’Etienne de Callataÿ, quatre autres noms viennent s’ajouter à une liste qui comprend des "académiques" mais aussi des acteurs proches du monde de l’entreprise. Un "club des économistes" se forme donc même si les intéressés n’ont pas souhaité donner un nom de code à leur démarche commune.

Mise au vert

Une mise au vert a donc eu lieu le week-end du 18 octobre, à la côte belge, à De Haan précisément. "Toutes les propositions des économistes devaient s’inscrire dans un cadre d’efficacité et d’équité mais aussi dans un contexte de neutralité budgétaire. Ce sont ces trois impératifs qui ont guidé nos débats", rajoute Isabelle de Laminne. Un texte est alors couché sur papier, fruit de la réflexion des économistes. Début décembre, un deuxième week-end est organisé pour amender les textes, tenir compte des remarques des uns et des autres avec la nécessité de rendre l’ensemble accessible au grand public au départ de matières assez techniques. Un travail ardu, minutieux. Mais finalement bouclé, sans éclats de voix. Avant une relecture finale début janvier d’un document intitulé "Pistes et éclairages économiques - Vers de nouvelles orientations structurelles pour la Belgique" dont le premier volet est à découvrir ce samedi (lire en page 30).

"Ces économistes ont fait cette démarche par attrait intellectuel. C’était un exercice inédit pour eux. Mais ils avaient une motivation supplémentaire : faire entendre leurs paroles d’experts au monde politique, étant conscients du rôle qu’ils ont à jouer dans notre société pour alimenter le débat public sur ces enjeux. Ils nourrissent une certaine frustration de ne pas être entendus par le monde politique", explique Isabelle de Laminne qui a trouvé cet "exercice porteur et nécessaire".

Cette démarche aura-t-elle une suite après les élections ? C’est possible. Certains économistes ont déjà montré un intérêt pour se joindre à l’initiative. Tout dépendra de l’accueil que le monde politique réservera aux réflexions de ces observateurs qui ont osé s’accorder pour dégager des pistes communes. En sera-t-il de même du monde politique ?