Entreprise Renoncer aux prépensions coûte cher à la collectivité. Surtout en Wallonie et à Bruxelles. Tony Demonté Secrétaire général adjoint de la CNE

En matière de prépension (aujourd’hui RCC), ses détracteurs nous opposent régulièrement le coût collectif des prépensions et son inefficacité en terme de régulation du marché du travail. Ces arguments ne nous paraissent pas fondés, à tout le moins en Wallonie et à Bruxelles.

C’est clair, il y a un lien direct entre prolongation des carrières et augmentation du chômage des jeunes. Le coût épargné pour l’un glisse vers l’autre, dans un principe de vases communicants. Pour prétendre le contraire, il faut alors prouver que le maintien au travail des plus âgés a comme effet d’augmenter la demande de main-d’œuvre globale pour ne pas diminuer le travail disponible. C’est impossible à prouver, tant sur un plan économique que de gouvernance capitaliste d’entreprise.

Un exemple d’actualité : Delhaize va supprimer 1 800 emplois. 1 300 travailleurs sont âgés de plus de 55 ans. La direction est claire : s’ils peuvent être prépensionnés, elle paiera le complément. Sinon, l’entreprise ne renoncera pas à la suppression de 1 800 postes. Dans ce cas, les travailleurs âgés les moins performants, dont l’entreprise voudra nécessairement se débarrasser, deviendront chômeurs plutôt que prépensionnés. Pour le reste, d’autres, plus jeunes et généralement les derniers arrivés, seront les licenciés de substitution.

Cela vaut tout autant pour un licenciement individuel. Les entreprises privées ont pour seul objectif d’ajuster continuellement le nombre et le profil des personnes nécessaires pour dégager les meilleures marges bénéficiaires. C’est ainsi que fonctionnent les entreprises privées et elles n’agiront pas autrement sans contraintes extérieures.

Conséquence en terme de coûts pour la collectivité en cas de licenciement sans prépension :

- les âgés licenciés, jugés moins productifs deviennent chômeurs et le resteront longtemps dans un marché du travail saturé;

- l’indemnité de chômage épargnée pour les âgés restés au travail sera dépensée pour indemniser les licenciés de substitution;

- le complément chômage ne sera plus payé et l’Etat perdra beaucoup en termes de cotisations de Sécu, de rentrées fiscales et de taxes sur la baisse de consommation occasionnée par des revenus amputés du complément d’entreprise;

- il y aura aussi le coût occasionné par les jeunes au chômage (indemnités, formations, accompagnement, no future, voire délinquance).

Bref, renoncer aux prépensions coûte très cher à la collectivité.

Autre argument régulièrement utilisé : alors qu’elle existe depuis plus de trente ans, la prépension n’a pas permis de diminuer le taux de chômage des jeunes. Cet argument est pour le moins simpliste. Quel serait donc notre taux de chômage si le temps plein était toujours de 60 heures/semaine, 52 semaines par an et de 14 à 65 ans ? Il serait évidemment dramatiquement plus important encore.

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