Entreprise

Plus de cinq mois après les attentats de Bruxelles, les Nord-Américains continuent de bouder Bruxelles. Les trois plus grandes compagnies aériennes des Etats-Unis ont ainsi décidé de considérablement réduire la voilure à Zaventem pour l’hiver prochain. American Airlines va supprimer un vol direct entre Bruxelles et Philadelphie, Delta Airlines n’opérera plus vers Atlanta, tandis qu’United Airlines a renoncé à lancer, comme prévu initialement, un deuxième vol quotidien vers New York. United ne profitera dès lors pas du "slot" entre Bruxelles et "Big Apple" laissé par la compagnie indienne Jet Airways qui a quitté Zaventem juste après les attentats du 22 mars dernier.

D’après les chiffres officiels de l’aéroport, on va ainsi passer de 63 vols directs par semaine depuis Bruxelles vers les Etats-Unis l’hiver dernier à seulement 43 vols à partir de septembre. "C’est tout de même près d’un tiers de vols en moins", s’inquiète Frank Bosteels, directeur produit de l’agence de voyage Connections. A noter toutefois que certains de ces vols, (Philadelphie et Atlanta), devraient retrouver le panneau d’affichage de Zaventem cet été.

Pas de conséquence sur les prix

Si les grandes compagnies américaines diminuent leurs fréquences de vols vers Bruxelles, c’est tout simplement parce que la demande de touristes ou d’hommes d’affaires venus des Etats-Unis reste très faible. "Un avion se remplit des deux côtés de l’Atlantique. Or si le marché européen se porte bien, on constate une forte baisse de la demande au départ des Etats-Unis vers l’Europe, poursuit M. Bosteels. Tout comme les Asiatiques, les Américains restent très frileux à l’idée de revenir sur le Vieux Continent après la série d’attentats qui y ont eu lieu. Les compagnies américaines ont ainsi logiquement adapté leurs capacités."

D’après M. Bosteels, cette réduction importante de l’offre vers les USA n’a aucune influence sur les prix des billets. "Les tarifs sont dictés par le marché. Or si l’offre diminue, c’est aussi le cas de la demande. Dans ce contexte difficile, la priorité des compagnies est de remplir leurs avions et, par conséquent, de ne pas augmenter leurs prix". Les hôtels bruxellois (-20 % d’occupation pour le mois de juillet) sont les premières victimes de ce retrait américain et asiatique.

Mais jusqu’à quand va durer l’hémorragie ? "Il faudra encore être patient, poursuit le responsable de Connections. C’est au tour de l’Europe de souffrir. Nous sommes habitués dans le secteur. En fait, c’est une question de perception : un événement paraît toujours beaucoup plus spectaculaire quand il est vécu de l’extérieur. A Bruxelles, nous avons appris à revivre presque normalement, mais les touristes américains ou asiatiques ont encore les images des attentats en tête. Leur vision de Bruxelles est très différente."

Restriction de voyage à Bruxelles

D’après M. Bosteels, des événements comme le festival de musique Tomorrowland ou le Grand Prix de Formule 1 de Belgique, dont les images sont diffusées à travers le monde entier, insufflent "ce sentiment de normalité dont a besoin de notre pays". "A l’étranger, on perçoit que ces grands événements se sont déroulés sans incident et cela redonne confiance aux touristes."

Si les touristes sont moins nombreux, c’est également le cas des hommes et femmes d’affaires américains. "Il existe encore certaines restrictions d’entreprises US pour les voyages d’affaires à Bruxelles, explique, Marcel Claes, directeur exécutif à la Chambre américaine de commerce à Bruxelles. Certaines réunions ont aussi été déplacées vers d’autres villes. Mais la situation est en train de graduellement revenir à la normale."

140 000 emplois américains en Belgique

Selon lui, l’effet de l’éloignement ne fait qu’accentuer l’angoisse. "Au plus vous êtes loin de la Belgique et au moins vous connaissez le pays, au plus longtemps l’impact psychologique des attentats vous touchera. Le nombre de visiteurs chinois ou japonais a aussi très significativement diminué après les attentats de Paris et de Bruxelles."

M. Claesparle d’un "cercle vicieux" et espère que les compagnies aériennes américaines vont reprendre "rapidement" leur rythme de croisière vers la Belgique. Les investissements d’entreprises américaines ont pesé pour 48 milliards de dollars et 140 000 emplois directs dans notre pays en 2014.