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Voici une demeure typique de l'éclectisme, quand la riche société belge du XIXe siècle finissant se construisait des châteaux comme on érige maintenant des villas. La bourgeoisie victorieuse devait imposer une nouvelle image de sa réussite. Rien de tel que de ressembler à la noblesse, sous les règnes de nos premiers rois. Eux-mêmes étaient désireux de se faire des alliés dans une population dont la puissance économique explosait littéralement.

Le château de Wisterzée fut l'oeuvre d'un notaire propriétaire d'un grand domaine qui sur la chaussée de Nivelles à Wavre passait des deux côtés. La Dyle, venue de Houtain, en traversait le flanc sud. Du temps de Léopold Ier, il n'existait dans ce hameau qu'une villa comme on disait jadis, peut-être un petit château évoqué par Tarlier en 1873. C'était un bien de l'agronome Delstanche puis de l'architecte Emile Coulon (1825-1891), chargé officiellement par la province du Brabant de construire ou agrandir des églises (45) et des bâtiments publics. C'est lui qui avait conçu la flèche en fer de la collégiale de Nivelles en 1859. Est-ce lui qui a conçu ceci? C'est impossible, disait le professeur Michel Duboisdenghein qui a étudié en 1995 l'histoire du village de Court et donc du hameau de Wisterzée. Cet auteur a trouvé que Coulon vendit en janvier 1871 son terrain au notaire Félix-Eugène De Broux (1840-1914), époux de Hermine Seutin, et que sa maison fut alors détruite. Félix, issu d'une famille de petits industriels ou exploitants terriens catholiques des environs de Nivelles, sera mayeur de Court et sénateur. En 1875, le château neuf dont on ne connaît pas le nom de l'architecte n'est pas encore achevé; on parle de maison au cadastre mais c'est le noyau du château qui est érigé. En 1881, les documents évoquent les agrandissements et la présence d'une serre qui était plutôt un jardin d'hiver (remplacé par un bow-window), sur la terrasse arrière; le nom de château est enfin cité. Le parc comprenait deux étangs très poissonneux dont le plus bas était un vivier d'écrevisses. Le comte Eugène Goblet d'Alviella, dont la famille possède toujours le vieux château du village, écrivait en 1891 qu'à Wisterzée se trouvait la villa néo-renaissance du notaire De Broux. Une villa, à l'époque, c'était un petit château d'aujourd'hui, surtout dans la pensée d'un grand aristocrate qui du haut de sa colline voyait pousser les «villas» comme les champignons dans ses bois. La villa sera vendue en 1919 à la famille Henricot (libérale) qui y installa d'abord des salles de formation pour ses ouvriers métallurgistes puis partiellement les bureaux de la direction. Les Henricot s'en déferont à leur tour en 1949 après avoir menacé de tout détruire pour leurs affaires. Entre-temps, le parc planté de beaux arbres avait été morcelé, éventré de ruelles, de nombreux arbres abattus et le grand étang asséché.

La province acheta ce qui restait d'un endroit d'exception. Une école fut érigée en 1954 à moins de sept mètres du château. Elle est sur pilotis car sous elle se trouve l'ancien étang. Depuis, le domaine réduit à une pincée d'hectares appartient toujours à la province du Brabant. En 1995, la nouvelle province du Brabant wallon y installa les bureaux du gouverneur Valmy Féaux. Depuis l'an 2000, date du transfert vers Wavre, le château est redevenu une école (ITECF).

Dominant la route nationale, le château est érigé en briques et pierre bleue. De style néo-renaissance flamand, il est posé sur un épais soubassement de pierre bleue peu ajouré mais animé de refends. Les pierres bleues entourent les baies et les portes de leurs bossages, de leurs clés, de leurs pilastres cannelés. Elles soulignent aussi l'horizontalité de l'édifice qui ne monte que sur deux niveaux sous de hautes toitures en bâtière couvertes d'ardoises. Le bâtiment se compose à l'est de trois larges travées dont celle du centre, précédée du perron est en avancée.

L'entrée s'effectue à l'est. C'est vers le nord-est que surgit la tour carrée engagée haute de trois niveaux. Au sud, la maison compte six travées. A l'ouest, réservé au service, le dépouillement est de rigueur. De la tour carrée, on assiste à un jeu de trois décrochages d'éléments limités à une seule travée.

On ne visite pas. Le château se voit parfaitement de la chaussée. Tél.: 010.61.22.61.

© La Libre Belgique 2006