N'avoir que jusqu'à 25 ans pour introduire une demande d’allocation, une mesure qui pénalise de nombreux jeunes diplômés

Fin 2014, le Gouvernement a adopté une mesure restreignant de 30 à 25 ans l'âge maximal auquel les jeunes diplômés pouvaient introduire une demande d’allocation d’insertion

N'avoir que jusqu'à 25 ans pour introduire une demande d’allocation, une mesure qui pénalise de nombreux jeunes diplômés
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Charlotte Egli

Selon le droit du travail, un jeune qui n'a pas encore travaillé a droit à des allocations d'insertion juste après avoir terminé ses études s'il a réalisé un stage d'insertion professionnelle d'un an et qu'il introduit sa demande avant ses 25 ans. Cela lui permet d’être aidé financièrement à la sortie de ses études.

Les allocations d’insertions peuvent représenter 1004,38 € par mois à partir de 21 ans. Elles sont divisées par deux pour les cohabitants. Les allocations sont octroyées pour une période de 36 mois maximum, prolongeable sous certaines conditions.

S’il a 25 ans ou plus, il n'est plus éligible pour recevoir ces allocations. Une loi qui pénalise de nombreux jeunes comme ceux qui choisissent de partir une année à l'étranger, doublent, se réorientent, ou choisissent de longues études (master supplémentaire par exemple).

C'est le cas de Silvia, diplômée d'un Master en Communication Marketing à l'ULB en 2020 à 25 ans. "C'est vraiment vraiment trash à quel point tu n'es accepté nulle part même avec un Master par 'manque d'expérience'. On nous demande toujours d'être formé davantage". Elle finit par être engagée de décembre 2020 à février 2021 dans un magasin bio. Ensuite, la pandémie passant par-là, elle est engagée par un poste d'urgence dans un centre de vaccination en mars dernier. "Ce contrat m'a permis d'acquérir une première vraie expérience, cela dit, le travail n'était pas du tout stimulant mentalement". Depuis le 31 août, elle est à nouveau à la recherche d'un emploi.

Depuis 2015, l'âge maximum pour recevoir des allocations d'insertion est fixé à 25 ans. Avant cela, il était fixé à 30 ans. "J'ai envoyé une longue lettre à l'ONEM exprimant mon désarroi face à l'abandon et la non-aide financière des jeunes diplomé.e.s ayant plus de 25 ans. Ce à quoi ils m'ont répondu d'aller voir sur leur site web dans la section recrutement pour y trouver des jobs". Depuis, elle se voit obligée de postuler dans plusieurs secteurs comme la vente. Mais même là, elle ne se sent pas la bienvenue. "Dans les magasins style Hema, Farm,... Ils ne se battent pas non plus pour t'avoir car beaucoup savent que tu n'es pas là pour longtemps et en plus je suis surqualifiée".

Elle ajoute qu'Actiris propose une multitude de formations aux demandeurs d'emploi." En aucun cas je n'ai le temps de les suivre car je n'ai toujours pas de rentrée d'argent". Pour elle, la solution serait d'offir une aide financière de 500-600 euros, assez pour payer son loyer et suivre des formations en même temps. "Je pense que ça permettrait aux jeunes de se former davantage et à chercher un emploi en même temps avec moins de charge mentale".

Mais qui peut changer la donne ?

Au niveau des compétences, c'est le Fédéral qui décide de la législation. Ensuite, la Région bruxelloise se charge de l'éxécuter. Selon le cabinet du ministre bruxellois de l'emploi, Bernard Clerfayt, 3800 jeunes chercheurs d'emploi entre 18 et 25 ans sont inscrits chez Actiris depuis moins de trois mois. Il n’avait pas de chiffres à communiquer pour les 25-30 ans.

Selon une source gouvernementale, il n'est pas prévu de modifier l'âge maximum.

Les jeunes se tournent-t-ils davantage vers les aides du CPAS ?

Une étude a été réalisée les semaines dernières par le CPAS de la Ville de Bruxelles sur les jeunes de 25-29 ans, qui disposent d’un diplôme d’études supérieures et se retrouvent sans emploi et sans allocations de chômage ou d’insertion. Il ne recense pas une augmentation significative depuis 2015.

Sur 2.079 demandeurs d’emploi inoccupés (DEI) âgés de 25-29 ans, Actiris recense 433 diplômés d’une haute école ou d’une université. De plus, la durée de chômage décroît avec le niveau de qualification.

En 2020, on dénombrait en moyenne 818 bénéficiaires du RI/ERI (revenus d'intégration du CPAS ) âgés de 25-29 ans. La part relative des 25-29 ans parmi les bénéficiaires du RI/ERI passe de 10,5% en 2015 à 12% en 2020 (+76 individus). La part relative des 25-29 ans parmi les étudiants bénéficiaires du RI/ERI passe de 7% en 2015 à 9% en 2020 (+89 individus).

Parmi les 283 DEI usagers du CPAS identifiés par Actiris, 58 disposent d’un diplôme d’études supérieures. Les bénéficiaires d’une mise à l’emploi viennent s’additionner aux bénéficiaires d’un RI/ERI. La part relative des 25-29 ans parmi cette population passe de 14% en 2015 à 16% en 2020. Mais en nombre absolu, cela ne représente qu’une augmentation de 15 individus.

Jurisprudence

Depuis 2015, de nombreuses personnes ont contesté la décision du Gouvernement. Il est arrivé que la justice leur a donné raison et condamne l’ONEm à octroyer l’allocation d’insertion. Les jeunes qui terminent leurs études après 24 ans pourraient ainsi récupérer un droit aux allocations d’insertion.