Factures d'énergie qui explosent : l'UE trouve un accord pour des mesures d'urgence

Les ministres européens de l'Energie se réunissaient ce vendredi à Bruxelles pour valider les propositions de la Commission européenne.

La Libre Eco avec AFP
Factures d'énergie qui explosent : l'UE trouve un accord pour des mesures d'urgence
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Les ministres européens de l'Energie sont parvenus à un accord sur des mesures d'urgence pour aider ménages et entreprises à faire face à l'envolée des prix de l'énergie, a annoncé la présidence tchèque du Conseil de l'UE.

Ces mesures consistent à récupérer une partie des "superprofits" des producteurs d'énergie pour les redistribuer au consommateur, et à réduire la demande d'électricité aux heures de pointe. Au total, des recettes d'environ 140 milliards d'euros pourraient ainsi être reversées, estimait en septembre la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Consommer moins pour payer moins

Les mesures d'urgence avalisées fixent aux Etats un objectif contraignant pour réduire leur consommation d'électricité "d'au moins 5 %" pendant les heures de pointe. Les Vingt-Sept sont aussi appelés à réduire leur consommation mensuelle d'électricité de 10 %, objectif indicatif.

Autre mesure : le plafonnement des revenus des producteurs d'électricité à partir du nucléaire et des renouvelables (éolien, solaire, hydroélectrique) qui engrangent des bénéfices exceptionnels en vendant leur production à un prix très supérieur à leurs coûts de production. Ce plafond est fixé à 180 euros par megawattheure et la différence entre ce niveau et le prix de gros du marché doit être récupérée par les Etats pour être redistribuée aux ménages et aux entreprises. Une "contribution temporaire de solidarité" s'applique en outre aux producteurs et distributeurs de gaz, charbon et pétrole.

Des divergences toujours présentes

Mais les ministres sont encore divisés sur un plafonnement du prix des importations de gaz, qui bute en particulier sur les réticences allemandes. "Il n'y a pas de temps à perdre" pour faire baisser le prix du gaz, a exhorté le ministre tchèque de l'Energie, Jozef Sikela, dont le pays assure la présidence du Conseil de l'UE. Pour le ministre tchèque, la Commission doit agir rapidement : "Nous sommes dans une guerre de l'énergie avec la Russie, l'hiver arrive et nous devons agir maintenant (...), pas dans un mois."

En amont de la réunion tenue ce vendredi à Bruxelles, une majorité d'Etats membres - quinze, dont la France, la Belgique, l'Italie et l'Espagne - estimaient également qu'il était nécessaire de s'attaquer au "problème le plus grave" : ils réclament un plafonnement des prix de gros du gaz sur le marché européen. Ces pays veulent que la mesure s'applique à toutes les importations de gaz, pas seulement celles qui proviennent de Russie. Et certains "sont de plus en plus nerveux" face à l'attitude de la Commission, selon un diplomate européen.

L'exécutif communautaire, tout comme l'Allemagne, est réticent à une telle mesure, redoutant qu'une limitation des prix menace l'approvisionnement des Européens, en dissuadant les "partenaires fiables" comme la Norvège ou les Etats-Unis de livrer l'UE en gaz, au profit de l'Asie. La ministre estonienne, Riina Sikkut, s'est aussi prononcée contre cette idée, estimant que "la disponibilité du gaz et la sécurité de l'approvisionnement étaient plus importantes que le prix".

Des plafonds pour certains, pas pour tous

Dans un document préparatoire, la Commission a proposé de fixer un prix maximum pour le gaz russe - transporté par gazoduc ou le gaz naturel liquéfié (GNL) -, qui représente à l'heure actuelle 9 % des importations européennes. La Russie était historiquement le premier fournisseur de gaz de l'UE, acheminant plus de 40 % du gaz dans le bloc. Pour faire baisser les prix, Bruxelles mise sur des négociations avec les autres fournisseurs de gaz acheminé par pipeline, mais estime que pour le GNL, la capacité de négociation est restreinte par la concurrence internationale. La Commission envisage aussi de plafonner le prix du gaz utilisé pour la production d'électricité.

Ces options sont discutées par les ministres et devraient donner lieu à un plan plus détaillé, avant un sommet des dirigeants des Vingt-Sept le 7 octobre à Prague et une nouvelle réunion des ministres de l'Energie les 11-12 octobre.

"Il faut aller plus loin sur ces sujets-là et il faut conclure plus vite", a aussi estimé la ministre française Agnès Pannier-Runacher. De nombreux pays de l'UE ont déjà mis en place des dispositifs d'aide au niveau national pour soulager les ménages et entreprises étranglés par les factures. Comme la France, qui applique des plafonds aux prix de l'énergie, l'Allemagne a annoncé jeudi qu'elle allait débloquer jusqu'à 200 milliards d'euros supplémentaires pour limiter les prix du gaz et de l'électricité.

La Commission se dit "vigilante" suite aux mesures allemandes

Une décision critiquée par Mario Draghi : "Face aux menaces communes de notre époque, nous ne pouvons pas nous diviser en fonction de la marge de manœuvre de nos budgets nationaux", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par la présidence du Conseil, dans une allusion transparente au plan massif annoncé par l'Allemagne. "La crise énergétique requiert de la part de l'Europe une réponse permettant de réduire les coûts pour les familles et les entreprises, de limiter les gains exceptionnels réalisés par les producteurs et importateurs, d'éviter des distorsions dangereuses et injustifiées du marché intérieur", a poursuivi M. Draghi, appelant les Européens à se "montrer unis, déterminés, solidaires". La probable future présidente du Conseil Giorgia Meloni, cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italie vainqueur des législatives de dimanche, s'est elle aussi montrée critique envers Berlin.

La Commission européenne "sera vigilante" concernant l'impact sur la concurrence dans l'UE du plan allemand à 200 milliards d'euros pour plafonner les prix de l'énergie, a déclaré vendredi à l'AFP le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.

"J'ai pris note de l'annonce du plan allemand qu'il va falloir regarder très en détail dans les prochains jours", a-t-il ajouté, alors que l'initiative de Berlin a suscité les critiques de plusieurs dirigeants européens.