Pour renflouer les entreprises à la suite de la crise du Covid-19, les pouvoirs publics ont conclu avec le secteur bancaire un accord “Bazooka” d’un montant de 50 milliards d’euros au printemps 2020. Un accord largement sous-exploité, d’après nos confrères du Standaard.

Les entreprises ont pourtant bien besoin de soutien. Le bureau d’études Graydon et la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), dans une étude publiée il y a 15 jours, ont établi qu’une entreprise sur trois a besoin de soutien financier. Il s’agit principalement de petites structures employant moins de 50 travailleurs : elles cumulent 43,6 milliards de besoin d’argent frais. Et pourtant, seuls 2 des 50 milliards prévus ont été utilisés. En cause : les conditions d’accès très strictes pour ces prêts, pourtant garantis à 80 % par l’État. Les banques considèrent que le rendement qu’elles peuvent espérer de la part de l’État est trop bas au regard du risque pris.

Un secteur belge solide

Pourtant, les banques ne manquent pas de moyens. D’après le rapport de stabilité financière 2020 de la Banque nationale (BNB), les ratios “de solidité financière” du secteur belge, fin 2019, étaient largement supérieurs à ceux de leurs pairs européens en moyenne (rendement sur fonds propres de 10 %, pourcentage de prêts non performants inférieur à 2 %, ratio de solvabilité de près de 19 %, etc.).

Bref, il y aurait de la marge pour plus de solidarité, comme demandé par le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) il y a une bonne semaine à la Chambre.

Un outil pour la relance

Les fédérations patronales comme l’UCM (Union des classes moyennes) et Unizo en Flandre sont souvent interpellées par les PME pour que les banques privilégient plutôt des formules de crédit comme les crédits de caisse. Elles exigeraient également davantage de garanties, notamment hypothécaires. Pour l’UCM et Unizo, les banques peuvent donc faire plus pour soutenir les entreprises.

Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, reconnaît que le système “Bazooka” est très peu utilisé. “Mais cela peut encore changer. Ces mesures bazooka ne doivent pas être utilisées comme une substitution au moratoire sur les crédits (qui porte, lui, sur les reports de paiement, NdlR). Il doit s’agir d’argent frais. Lorsque la relance sera en marche, la demande va augmenter, par exemple pour financer l’achat de stocks de marchandises”, estime Karel Baert, CEO de Febelfin. Interrogé par La Libre il y a quelques jours, l’homme ne disait pas autre chose : “Le contexte actuel n’incite pas encore à investir. Dans le cadre de la relance, cet outil sera par contre très utile, je pense.”

Febelfin se défend

Piquée au vif par ces nouvelles critiques, la fédération a réagi pour défendre sa position et les mesures déjà mises en place. “Le secteur financier se concentre plus que jamais sur le soutien à l’économie et aux entreprises. Il faut savoir que la nouvelle prolongation des reports de paiement pour les crédits aux entreprises constitue déjà un engagement plus large que ce que prévoyait le cadre européen. Mais les banques continuent par ailleurs aussi d’accorder de nombreux crédits aux entreprises”, se défend Febelfin dans un communiqué. Tout en précisant que l’octroi de crédit aux entreprises est demeuré plus que jamais stable pendant cette crise, que le taux moyen des nouveaux crédits se montait à moins de 1,5 %, et que le problème était plutôt dans l’absence de demande, l’investissement des entreprises étant en chute libre. Une chose est sûre : le débat n’est pas clos, même si Febelfin regrette “que les efforts intenses déployés ces derniers mois pour offrir, tant aux particuliers qu’aux entreprises, le soutien nécessaire puissent être mis à mal par certains médias”.