Face à la digitalisation accrue du secteur financier, les personnes âgées risquent de devenir les nouveaux "exclus bancaires", avertit l'association Financité dans son dernier rapport annuel sur l’inclusion financière.

Suppression des impressions de relevés, changements des terminaux permettant les opérations bancaires, accès limité aux agences, augmentation des frais des opérations physiques … Le passage forcé à la banque digitale rend la gestion bancaire de base difficile, voire impossible pour nombre de personnes âgées, rappelle Financité.

"En forçant les clients à passer au tout digital sans se soucier de l’impact d’une telle évolution, on a porté atteinte à leur autonomie dans la gestion de leurs finances, et par conséquent à leur dignité", estime Anne Fily, auteure du rapport sur l’inclusion financière, se basant sur le fait que les personnes interrogées sont parfaitement autonomes dans le reste de leur vie.

Le secteur bancaire aurait dès lors dû redoubler de vigilance vis-à-vis de cette clientèle. Or Financité indique n'avoir rien constaté de tel, notamment de la part de "deux grandes banques présentes dans le pays" qui ont supprimé du jour au lendemain des services auxquels les clients âgés étaient attachés.

Pour une personne âgée qui effectue 4 retraits d’argent au distributeur, 2 paiements par domiciliation, 4 virements manuels et demande 1 relevé bancaire par voie postale par mois, le prix d’un compte en banque varie entre 11 et 111 euros, souligne le rapport.

© Réseau Financité

"Ce sont ING et BNP Paribas Fortis qui demandent les frais les plus élevés", pointe l'association, indiquant que ce prix est jusqu’à 7 fois supérieur à celui du service bancaire de base.

Le service bancaire de base comprend 36 opérations manuelles par an pour un coût de 16,20 euros maximum.

"Rien ne justifie que les personnes âgées paient le prix fort alors que ce sont les institutions financières qui sont en train de les exclure de leur modèle", insiste Financité.

Tendances lourdes

Le rapport de Financité recèle d'autres faits interpellant. Les auteurs déplorent par exemple que les banques ne remplissent pas leurs obligations légales de promotion du service bancaire de base. "Aucune information sur support écrit n’est fournie en agence et l’information fournie sur les sites web est insuffisante", tranchent-ils.

Ils ont visité récemment les sites web de douze banques proposant un compte à vue, (à savoir Argenta, Axa, Banca Monte Paschi Belgio, Belfius, Beobank, BNP, Bpost Banque, Crelan, Europabank, ING, KBC et CPH) pour en arriver à ce constat insatisfaisant.

Parallèlement, en matière d'épargne, depuis 10 ans l’épargne totale est en hausse continue (+53,17 %). 

"Cependant, de nombreux Belges ont des difficultés à épargner. Alors que la détresse financière a tendance à diminuer en Europe, elle est particulièrement élevée en Belgique où elle touche 34% de la population", détaille Financité.

Baromètre de l'inclusion bancaire 2019

  • 568 agences bacaires en moins depuis 1 an
  • 614 appareils de retrait d'argent en moins depuis 1 an
  • Hausse de 9,92% des services bancaires de base ouverts en 2018
  • Moins de 26 agences par km² au Nord du pays
  • Moins de 8 agences par km² au sud
  • 68% des ménages affirment qu'il leur est difficile, très difficile, voire impossible d'épargner
  • 1 Belge sur dix serait exposé au risque de pauvreté
  • 354.879 emprunteurs défaillants
  • 1/5 des ventes à tempérament sont défaillantes
  • 38,5M des nouveaux crédits hypothécaires conclus pour une durée supérieure à 20 ans, contre 28% en 2016