A la surprise des marchés, la Banque d'Angleterre maintient son taux directeur au même niveau

La Banque d'Angleterre a annoncé maintenir sa politique monétaire inchangée, prenant à contre-pied le marché avec un taux directeur qui reste à son plus bas historique de 0,1 %, mais signale une hausse probablement "nécessaire" dans les mois futurs.

Le gouverneur de la banque centrale d'Angleterre, Andrew Bailey.
Le gouverneur de la banque centrale d'Angleterre, Andrew Bailey. ©AFP
La Libre Eco avec AFP

L'institut a revu ses prévisions d'inflation à la hausse (4,25 % en 2021, 3,5 % en 2022), mais "la plupart des membres du Comité monétaire ont jugé que notre politique monétaire restait appropriée", note la Banque dans les minutes de sa réunion.

Si l'économie britannique évolue en ligne avec les prévisions de la BoE, "il sera nécessaire dans les mois à venir d'augmenter le taux d'intérêt afin d'atteindre notre objectif d'inflation de 2 %", prévient cependant la Banque.

De nombreux observateurs prévoyaient que la Banque agisse, soit en relevant son taux soit en limitant son programme massif de rachats d'actifs de 895 milliards de livres, pour contrer l'inflation.

Témoignant de ces attentes contrariées, la livre a piqué du nez et perdait autour de 1 % face au dollar quelques minutes après la publication de la décision.

L'énergie, les jouets, et le poulet

Au Royaume-Uni, l'inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre et ne donne aucun signe de faiblesse : selon les projections de la BoE, elle atteindra "un peu moins de 4 %" en octobre, 4,5 % en novembre et se maintiendra à ce niveau début 2022 avant de grimper à un pic à 5 % en avril.

La banque centrale souligne l'importance de la hausse des tarifs de l'énergie, avec des prix du pétrole et du gaz en livre britannique fin 2021 "respectivement 80 % et 400 % plus haut qu'au quatrième trimestre 2020".

Dans la presse britannique, l'inquiétude sur les prix de l'énergie mais également de la volaille et des jouets à l'approche de Noël fait les gros titres.

Le Royaume-Uni fait en effet l'objet de pénuries de biens et de travailleurs, comme c'est aussi le cas en Europe et aux États-Unis, mais elles sont exacerbées Outre-Manche par le Brexit.

En parallèle de la Fed et de la BCE

Mercredi, la Réserve fédérale (Fed) avait annoncé la réduction graduelle de son programme de rachats d'actifs, mais son patron Jerome Powell s'est dit prêt à "patienter" avant de relever les taux.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a, elle, affirmé qu'elle jugeait "très improbable" une hausse en 2022.

À la Banque d'Angleterre, les partisans d'une politique monétaire stricte (faucons) et ceux d'une aide maintenue à l'économie (colombes) se sont visiblement opposés.

Deux membres sur neuf du comité de politique monétaire ont voté pour une hausse dès novembre, et trois pour une réduction du programme de rachats d'actifs.

Certains observateurs s'attendaient à ce que le gouverneur de la banque centrale, Andrew Bailey, et le nouveau chef économiste Huw Pill se joignent aux faucons, mais ils ont voté pour maintenir une politique monétaire souple en novembre.

Le comité a en effet jugé lors de sa réunion qu'il "y avait un intérêt à attendre plus d'informations sur les développements à venir sur le marché du travail", alors que le gouvernement a récemment mis un terme à ses mesures de soutien à l'emploi liées à la pandémie.

La BoE estime ainsi que le taux de chômage va légèrement augmenter au quatrième trimestre, et la reprise économique britannique montre des signes de fléchissement au Royaume-Uni.

La reprise du PIB dans le viseur

En août, le PIB britannique restait inférieur de 0,8 % à son niveau d'avant la pandémie, même si le pays devrait renouer avec ce seuil début 2022, selon les données gouvernementales.

Après le plongeon spectaculaire du PIB britannique en 2020 (-9,75 %), la BoE table désormais sur une reprise un peu moins rapide : 7 % en 2021 contre 7,25 % dans son dernier rapport et 5 % en 2022 contre 6 % auparavant.

Mais l'institut monétaire prend le risque de surprendre les investisseurs, qui avaient vu dans les récents messages du gouverneur et du chef économiste le signal qu'une hausse des taux était à attendre très prochainement.

M. Bailey avait ainsi affirmé qu'il allait "devoir agir" contre l'inflation.

En 2014, la banque centrale avait été critiquée pour avoir envoyé des signaux jugés contradictoires, provoquant des remous sur les marchés.

Les observateurs guetteront donc durant la conférence de presse de M. Bailey toute indication sur le moment de la hausse avancée pour "les prochains mois", avec une dernière réunion de la BoE pour 2021, dont le résultat sera partagé le 16 décembre.

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