Pourquoi la Bourse de Paris reste indifférente à la réélection d'Emmanuel Macron

La Bourse de Paris s'est vite détournée de l'élection présidentielle française, dont le résultat "sans surprise" était anticipé par les marchés, bien plus préoccupés par l'état de l'économie mondiale.

Pourquoi la Bourse de Paris reste indifférente à la réélection d'Emmanuel Macron
©AFP
La Libre Eco avec AFP

En 2017, les investisseurs avaient poussé un ouf de soulagement avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Cinq ans plus tard, l'effet s'est dissipé et l'indice phare parisien, le CAC 40, est même en forte baisse (-2,27 % à 6 432,28 points vers 11H40) au lendemain du second tour du scrutin."Il était difficile d'imaginer que cette réélection, déjà largement anticipée, permette au marché français d'échapper à la morosité générale et aux inquiétudes macro-économiques", explique à l'AFP Daniel Larrouturou, gérant actions chez Dôm Finance."L'interconnexion des économies fait que les enjeux nationaux sont relégués au second plan par rapport aux enjeux mondiaux."

Or, le ciel boursier est rempli de nuages aux quatre coins du globe.

Vendredi, les marchés américains ont perdu près de 3 % craignant que la détermination de la Réserve fédérale américaine à combattre l'inflation ne plombe la croissance. Lundi, ce sont les marchés chinois qui ont dévissé, la Bourse de Shanghai chutant de 5 % sous la recrudescence de cas de Covid-19. Les places européennes étaient aussi en forte baisse, à Milan (-2,13 %), Francfort (-1,86 %) et Londres (-2,26 %).

Si la victoire d'Emmanuel Macron "est vitale pour les grands projets de l'Union européenne, à court terme ce sont les préoccupations liées à l'inflation qui domineront la politique européenne", insiste aussi Stephen Innes, de SPI Asset Management. En zone euro, l'inflation a atteint 7,5 % en avril et la Banque centrale européenne (BCE) se prépare à user des grands moyens pour la juguler.

Les élections législatives dans le viseur

La place parisienne n'avait de toute façon suivi la campagne électorale française que de loin, Emmanuel Macron n'ayant cessé de faire la course en tête dans les sondages, et avec le plus souvent une marge d'avance sur Marine Le Pen.

Sa victoire a été "sans (réelle) surprise", estime John Plassard, spécialiste de l'investissement chez Mirabaud. Ainsi, contrairement à 2017, la différence entre les taux d'intérêt de la France et de l'Allemagne, qui fait référence dans l'Union européenne, ne s'est pas significativement écartée. Une telle différence (spread) fragilise la cohésion de la zone économique européenne.

En revanche, les élections législatives à l'issue plus incertaine occupent les esprits des analystes boursiers."La mise en œuvrede du programme politique d'Emmanuel Macron dépendra" de ce scrutin, rappelle Charlotte de Montpellier, économiste d'ING. L'issue de cette "bataille" paraît moins claire que la présidentielle et la "volatilité (sur les marchés financiers) pourrait de nouveau revenir (...) selon les potentielles alliances", des partis politiques, soulignent les analystes de la branche gestion d'actifs de la Banque Postale. Les marchés reprennent donc la lecture des législatives comme celle d'un "troisième tour" tel que promu par le dirigeant de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, fort de ses près de 22% le 10 avril.

Le deuxième mandat "sera plus compliqué" et "la lune de miel" du président réélu avec les Français "pourrait bien ne durer que quelques jours", prévient M. Plassard.

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