L'œil du marché : "La pression politique exercée sur la Fed pour qu'elle combatte l'inflation ne peut que croître"

Les marchés boursiers rechutaient jeudi dans le sillage de la clôture de Wall Street après la décélération moins marquée que prévu en avril d'un indicateur d'inflation, renforçant les craintes d'un durcissement monétaire plus offensif aux Etats-Unis.

L'œil du marché : "La pression politique exercée sur la Fed pour qu'elle combatte l'inflation ne peut que croître"
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La Libre Eco avec AFP

En Europe, la parenthèse de deux rebonds consécutifs n'a pas fait long feu: la Bourse de Paris perdait 1,55 % et celle de Milan 1,57 % vers 08H40 GMT. La Bourse de Francfort chutait de 2,02 % et la Bourse de Londres de 2,18 % après la publication des chiffres trimestriels de la croissance britannique, qui ralentit à 0,8 % pour les trois premiers mois de l'année.

Vers 11H30 (9H30 GMT), le Bel 20 de la Bourse de Bruxelles affichait une baisse de 1,80 % à 3 887.07 points.

En Asie, la Bourse de Tokyo a chuté de 1,77 % et celle Hong Kong de 2,24 %.

L'indice des prix américains à la consommation CPI a augmenté de 8,3 % sur un an en avril, soit moins que les 8,5 % de mars mais davantage que les 8,1 % attendus par les économistes. Hors énergie et alimentation, il a même accéléré plus fortement qu'escompté sur un mois, à 0,6 % contre 0,3 % en mars.

Les investisseurs réalisent que ces données pourraient inciter la Réserve fédérale américaine à un durcissement monétaire encore plus marqué ces prochains mois, d'autant que plusieurs banquiers centraux considèrent que le moment est venu de passer à la vitesse supérieure pour freiner l'inflation, érigée en priorité nationale par le président Joe Biden.

"À l'approche des élections de mi-mandat, la pression politique exercée sur la Fed pour qu'elle combatte l'inflation ne peut que croître", estiment Ariel Bezalel, responsable de la stratégie, et Harry Richards, gérant chez Jupiter.

Dans un environnement rendu anxiogène par la poursuite de la guerre en Ukraine, les confinements mis en place en Chine, l'inflation persistante et les craintes d'accélération du durcissement monétaire, les acteurs de marché redoutent un ralentissement économique brutal, voire une récession pour les plus pessimistes d'entre eux.

La vague d'aversion pour le risque se traduisait par un engouement pour le marché obligataire et permettait aussi au dollar de tirer son épingle du jeu, tandis qu'elle pesait sur le bitcoin qui perdait 2,42 % à 27.715 dollars vers 08H10 GMT. L 'euro cédait 0,57 % face au billet vert, à 1,0453 dollar.

La puissante détente des taux souverains cette semaine laisse supposer "que le marché de la dette souveraine devient moins préoccupé par l'inflation que par un ralentissement de l'économie mondiale", observe Michael Hewson, analyste pour CMC Markets.

Les cours du pétrole restent volatils

Après avoir grimpé en flèche de près de 5 % la veille, galvanisés par les inquiétudes sur l'approvisionnement en hydrocarbures russes, le ralentissement de l'inflation aux Etats-Unis et la baisse de cas de Covid-19 en Chine, les prix du pétrole rétrogradaient jeudi matin.

Vers 08H00 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en juin cédait 2,18 % à 103,41 dollars, et celui de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet lâchait 1,59 % à 105,80 dollars.

L'incertitude au sujet "de l'échéance d'un embargo de l'Union européenne sur les importations de pétrole russe" contribue à cette "agitation" des cours du brut, explique Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

Perte record pour Softbank Group

Le géant japonais des investissements dans les nouvelles technologies SoftBank Group a publié après la clôture de Bourse une perte nette de 1.708 milliards de yens (12,5 milliards d'euros) sur son exercice 2021/22, victime de la déconfiture de la tech mondiale sur les marchés. Le titre a chuté de 8,02 % à 4.491 yens.

Siemens se retire du marché russe

Le conglomérat allemand Siemens, un des plus grands groupes industriels européens, a annoncé jeudi son retrait complet de Russie alors que des charges liées aux sanctions occidentales pèsent sur ses résultats. L'action plongeait de 5,63 % à 110,22 euros à Francfort vers 08H25 GMT.

Les minières et l'énergie en repli

Le FTSE 100, principal indice londonien, était notamment plombé par ses valeurs minières Antofagasta (-5,74 % à 1.322 pence), Anglo American (-4,44 % à 3.246,50 pence) ou Rio Tinto (-4,27 % 5.128 pence).

Les valeurs pétrolières baissaient de 1,18 % pour TotalEnergies, 1,69 % pour Eni et de 1,94 % pour Shell.

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