Placements durables : "Il est important de déterminer à l’avance son 'terrain de jeu'"

L’investisseur doit se poser beaucoup de questions pour savoir… ce qu’il veut.

Il paraît assez évident qu’au plus l’investisseur va cadrer et limiter son choix ESG, au moins il aura accès à certains types de fonds.
Il paraît assez évident qu’au plus l’investisseur va cadrer et limiter son choix ESG, au moins il aura accès à certains types de fonds. ©Shutterstock

Dans l’offre pléthorique de fonds qui est présente sur le marché, il n’est pas toujours facile de distinguer le ou les placements qui correspondront le mieux à sa propre philosophie ou à ses principes en matière de durabilité. Il faut bien admettre que l’éthique des uns n’est pas l’éthique des autres. Il ne sera pas facile de trouver un placement durable qui corresponde exactement à l’ensemble de ses propres préoccupations en matière de responsabilité sociale et environnementale. L’investisseur va donc, sans doute, devoir faire des concessions.

Pour bien faire son choix parmi l'offre de placements responsables, il faut d'abord bien savoir ce que l'on veut. "Dans cette optique, on peut alors se poser les quelques questions qui seront abordées dans le cadre de l'élaboration du profil MiFID en termes de durabilité. Est-ce que je veux intégrer la notion ISR dans mes placements ? Si oui, ai-je les connaissances suffisantes dans ce domaine pour faire un choix éclairé ? Comment est-ce que je veux faire ce choix ? Par l'exclusion de certains secteurs ou par l'approche best in class ? Est-ce que je veux aborder cette approche par des thématiques plus spécifiques ? Si oui, lesquelles ?", conseille Ophélie Mortier, Chief Sustainable Officer chez DPAM.

>> Lire aussi : Palmarès des Sicav sur les investissements socialement responsables

Cadrer

Il paraît assez évident qu'au plus l'investisseur va cadrer et limiter son choix ESG, au moins il aura accès à certains types de fonds. "Il est important de déterminer à l'avance son 'terrain de jeu'. Savoir ce que je veux, ce que je ne veux pas. Il faut aussi être conscient que si l'on intègre des placements durables dans son portefeuille, on y intègre un biais. Parfois, ce biais provoquera des baisses de rentabilité à court terme. Il faut aussi lire les prospectus des fonds avec un esprit critique", ajoute Roger Depasse, Head of Belgium Distribution chez Nordea AM.

Une fois qu'il a bien défini ses attentes, l'investisseur peut alors se tourner vers l'offre existante sur le marché. "Pour y voir plus clair dans cette offre, il peut se rendre sur le site du label belge Towards Sustainability. Ce site lui permettra déjà d'écrémer pas mal l'offre en fonction de ses attentes et d'y voir plus clair dans les classes de fonds qui y sont reprises et surtout sur leur qualité", note Nicolas Crochet, Fondateur et CEO de Funds for Good. Investir dans cette classe d'actifs demande donc un certain effort en matière d'information.

Interroger son banquier

Dans ce cadre, il faut aussi que l'investisseur ose poser des questions à son banquier. Il est entendu que les réponses du banquier privé doivent être à la hauteur des attentes des investisseurs. "La première chose à prendre en compte dans un tel fonds est la transparence. Comment le fonds est-il investi ? Ai-je accès à toutes les lignes dans lesquels le fonds investit ? Quelle est la stratégie en matière de durabilité ? Et en matière d'engagement ? Qui gère mon argent et comment ? Tous ces renseignements doivent être clairement accessibles dans les documents fournis sur le fonds", estime Romain Avice, Gérant ISR chez DNCA Investments. Il est évident que l'intégrité du gérant sera primordiale dans ce type de fonds. On peut alors aller se renseigner sur le site du gestionnaire pour analyser à la fois la politique de gestion, la composition de l'équipe et aussi les présentations de chaque fonds.

Toute zone d’ombre s’apparente à un manque de transparence et doit inciter à la prudence. L’investisseur peut aussi voir comment est évalué l’impact du fonds. Il peut aussi poser des questions sur la façon dont la société de gestion pratique sa politique d’engagement. A-t-elle signé des accords de collégialité avec d’autres maisons de gestion pour avoir plus de poids dans les assemblées générales ? Comment établit-elle un dialogue avec les entreprises sur les questions ESG ? Quand et comment exclut-elle des entreprises de son univers d’investissement ? L’investisseur peut aussi se renseigner sur l’impact que la politique de durabilité aura sur la performance de son fonds. Une fois bien informé, et ayant vérifié le label de son placement, l’investisseur peut investir en toute connaissance de cause. Il sera alors à l’aise avec son placement en sachant à quoi il a renoncé et dans quoi il investit en toute transparence.

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